II.4- Approche : Histoire sociale et rapports socio-économiques 

Cette approche retisse l’histoire sociale du Liban dans le cadre de ses déterminations socio-économiques. Elle explique comment à travers cette histoire sociale, l’identité et la dynamique identificatoire s’étayent et se transforment.

En 1971 Chevallier, dans sa recherche, essayait d’expliquer les changements structuraux dans la société Libanaise, au moment de la révolution industrielle en Europe, aussi bien que l’influence de la pénétration occidentale dans ce pays.

Nous avons déjà vu, dans la partie historique, qu’à partir de 1842, des changements administratifs ont modifié, d’une façon importante, la structure sociale, tel que la croissance de la classe des notables et l’apparition de la féodalité suite au système de collecte des impôts.

Ajoutons, que la pénétration rapide du capitalisme occidental a induit des mutations économiques, telles que le commerce de la soie, qui a joué un rôle directe dans les changements démographiques et économiques au sens positif. Au niveau démographique, il y a l’immigration des villages vers la Capitale Beyrouth pour des raisons commerciales. Cette ouverture du Mont-Liban lui a permis d’atteindre une prospérité après plusieurs décennies de difficultés financières. Suite à cette situation, chaque famille essayait de garder ses privilèges socio-économiques, mais la compétition avec la soie Japonaise a affaiblit la commerce de la Soie au Liban d’une façon remarquable.

Donc, la société libanaise se trouve de plus en plus organisée autour d’une série de juxtapositions croissantes partant de la famille, au voisinage, au village, à la communauté à tel point qu’elle se transforme en ‘’assabyia’’, autrement dit, une communauté d’intérêt.

En mettant l’étude de la structure sociale dans le cadre de l’histoire socio-économique et politique, Chevallier dévoile comment les dimensions civilisationnelles et culturelles sont venues s’ajouter au réel social, un clivage de nature communautaire et religieuse suite au développement commercial (qui était, effectivement, déséquilibré entre les différentes confessions et régions constituant le pays). Ce développement qui a permis aux Maronites d’être les ‘’dominants’’. A ce propos Chevallier écrit : « depuis le XIX°siècle, et grâce aux rapports commerciaux et religieux étroits avec l’Europe que les communautés chrétiennes ont affermi une position économique et politique dominante » 641 .

Cette approche nous permet de dévoiler le point d’ancrage des conflits d’appartenances entre Musulmans et Chrétiens, particulièrement quand ils s’expriment d’une façon antagoniste, par exemple :

-Oriental / Occidental.

-Chrétien-Occidental / musulman-arabe ou arabo-musulman.

-Modernisme-Chrétien / Traditionnalisme-Arabe ou musulman.

Le second apport fondamental de la recherche de Chevallier est sa démonstration que les différentes confessions composantes du pays, malgré leur particularité, partagent la même culture sociale aussi bien que le même mode de vie, et leurs mœurs communes font le témoignage.

En décrivant l’accord socio-économique et politique entre les Chrétiens du Liban et l’Europe, l’auteur attire l’attention au fait que, malgré leur coopération, il ne faut pas oublier qu’ils « sont de culture sociale arabe » 642 , et qu’ils ont participé à ces modifications économiques, sans rompre une unité de civilisation exprimée par la langue, l’histoire et toutes les structures sociales, et sans briser des identifications essentielles avec les autres communautés Musulmanes et Druzes. C’est ainsi, que L’auteur montre que la société libanaise est une société traditionnelle, avec une culture arabe, dont tous les modes d’organisation et de production sociale sont fondés sur le système de parenté qui agit sur toutes les constructions sociales qui lui sont supérieures.

Etudier la structure sociale libanaise par l’explication de l’Histoire sociale et les rapports sociaux-économiques, même si elle se focalise sur le Mont-Liban, nous permet de dégager les unités structurelles de base, dont particulièrement, la famille. Cette dernière constitue un cadre de référence pour l’individu dans lequel s’accomplit ‘’les identifications essentielles’’, et un cadre d’action sociale, et une unité de production économique. Ses caractéristiques sont identiques quelques soit la communauté religieuse.

Notes
641.

Ibid., La société du Mont-Liban, P : 24.

642.

Ibid., La société du Mont-Liban, P : 24.