B.Vecteur d’installation de l’Eglise

A partir du Vème siècle, le mot « paroisse » va changer de signification parce que le statut politique et politique des chrétiens et des Eglises va radicalement changer. Avec l’édit de Milan en 313, le christianisme va être reconnu officiellement et va rapidement s’étendre et exercer un contrôle certain sur les populations. Désormais, la paroisse va proclamer l’installation de l’Eglise. Elle est appelée à devenir le modèle par excellence de la communauté chrétienne, modèle qui va marquer les mentalités autant que les institutions ecclésiales. Martin de Tours, évêque entre 370 et 397 la fondera définitivement.

Jusqu’au IVème siècle, les Eglises s’implantaient principalement dans les villes (carrefours) et se développaient autour de l’évêque, garant de la légitimité ecclésiale et figure apostolique. Le lien importait plus que le lieu. Après l’édit de Constantin, l’évangélisation des campagnes est entreprise activement par les évêques, mais de nombreux propriétaires terriens et des notables y contribueront en créant des oratoires et à partir du VIème siècle, les ordres monastiques oeuvreront dans les régions les plus reculées. Les églises rurales se multiplient. Ces premières paroisses se définissent plus comme des centre liturgiques mis à la disposition des fidèles que comme des circonscriptions solidement et durablement inscrites sur le sol. Elles donnent l’impression d’avoir été créé pour christianiser ou faciliter la vie religieuse des ruraux plus qu’a les encadrer 7 . Cependant, la paroisse se territorialise peu à peu et s’inscrit organiquement dans un dispositif épiscopal : le diocèse. Le mot même de paroisse trouve un sens nouveau. Elle devient une communauté rurale proche de la maison, celle de l’évêque, qui en assume la responsabilité.

Ainsi, la naissance des paroisses s’effectue sous la poussée d’un vigoureux mouvement missionnaire dans lequel les évêques jouent un rôle prépondérant : ils ont la double volonté de répandre l’Evangile et d’en contrôler l’expansion. La paroisse rurale est une démultiplication de la présence de l’Eglise. Ce projet semblant répondre à une loi fondamentale de l’Eglise : pas de mission possible sans présence nouvelle de l’Eglise ou « faire la mission tout en faisant l’Eglise » 8 . C’est ainsi que les paroisses, faites pour démultiplier la présence de l’Eglise, vont s’édifier en des lieux environnement la ville – et donc l’évêque- et dans des places marquées religieusement, comme les tombeaux ou temples païens (le bourg, pagus est habité par des pagani, des villageois). Ces paroisses vont devenir des éléments d’un véritable système paroissial, constitué par trois éléments fondamentaux : un territoire, un clergé et un patrimoine.

Notes
7.

FOURNIER G 1982 « La mise en place du cadre paroissial et l’évolution du peuplement »p 501 Spolète.

8.

DENIS H, cité dans « L’Eglise Disséminée » p 29