II. Les raisons de la recomposition et le discours diocésain

La recomposition du diocèse de Saint Etienne s’inscrit dans celles applicables à l’assemble de la France, à défaut de l’Europe occidentale toute entière.

A. Des considérations internes à l’institution

Les évêques de France ont ouvert le dossier de la paroisse au cours de leurs Assemblées plénières de 1989 et 1990. Nombre de diocèses étaient confrontés, depuis longtemps, à la nécessité de regrouper les paroisses et de les réorganiser – le cas du secteur regroupant les paroisses de la Terrasse, Villars et St Priest en Jarez avant qu’il ne devienne en 1999, Paroisse nouvelle. Les causes de ces regroupements étaient connues : baisse de la pratique régulière, dispersion géographique et comportementales des pratiquants, baisse significative du nombre de prêtres ( de 600 en 1966 à moins de 200 en 1999 83 ). Cette réflexion s’inscrivait dans le prolongement de celle conduite à Lourdes en 1981 qui mettait en avant la nécessité de repenser la paroisse, de son cadre aux communautés, de la charge du prêtre aux rôles des laïcs, de la formation à la mission même de l’Eglise.

Pour le diocèse de Saint Etienne, les constatations décrites à l’échelle de toute la France, ne furent jamais mises en avant pour justifier la recomposition. Même dans les orientations diocésaines de Mars 1996, notamment dans les chapitres « communautés » et « ministères » ne sont évoqués la baisse de la pratique régulière ou celle du nombre de prêtres. Les seuls échos à ces réalités se trouvent dans le n° 276 de la revue diocésaine chrétiens en marche. La baisse de la pratique est transformée en une nécessaire « communion de communautés » où, au lieu de parler de pratiques de plus en plus rares, l’Evêque préfère dire « il n’y a pas seulement une communauté locale, mais toute une mosaïque de communautés ». A la question, qu’entend-on par communauté, le vicaire général de l’époque, M Yves RAYMOND répondait : « une communauté, c’est un petit groupe de chrétiens qui partagent quelque chose de leur vie et de leur foi. Dans un groupe de caté, une équipe de la JOC, l’Eglise est déjà là. Une communauté ecclésiale, c’est tout simplement un lieu où se vit l’Evangile et un lieu où l’Evangile peut se dire ». Cette définition synthétise parfaitement la volonté ecclésiale : fédérer toutes les expressions de la religiosité, institutionnaliser leurs structures et leurs territoires dans la paroisse nouvelle. La diversité des comportements illustre une pluralité de communautés et le constat n’est plus celui d’une chute de la pratique mais d’une diversification de celle-ci. Toutes ces communautés, temporaires, éphémères, se rassemblent pour former la paroisse nouvelle.

Concernant le nombre d’ordinations et l’activité des prêtres, tout est conduit pour amener à penser le problème différemment. L’accent est mis sur la prise de responsabilité de plus en plus grande des laïcs, « un partage accru des charges » et sur la nécessité de la présence d’un prêtre dans chaque paroisse. La question des ministères est pensée en termes de service, plutôt que d’autorité ou de fonctionnarisme. Pensée aussi en termes de collégialité plutôt que d’organisation pyramidale ou rigide. « Toute la communauté devrait être partie prenante. Qu’elle devienne consciente de cette vocation baptismale qui est la sienne ». La baisse de l’ordination des prêtres se doit d’être contrebalancée par un nombre de diacres plus important (de 11 en 1970, 255 en 1984,659 en 1990 pour 1591 en 1999 84 ) et un rôle reconnu et actif des ministères baptismaux. A ce titre, l’Evêque de Saint Etienne souligne : « A cause du manque des ministères ordonnés, il se peut que des laïcs soient désignés pour certaines célébrations comme le mariage. Cela dépend d’une décision de l’Assemblée des Evêques.[…] Ne perdons pas malgré tout la perspective que pour accompagner des gens dans la préparation et la célébration des sacrements, il faut une complémentarité d’accompagnateurs, hommes et femmes. Il n’est pas bon qu’un ministre fasse tout, tout seul ». La perspective d’un nombre de prêtres décroissant perpétuellement et de la progressive prise de pouvoir des laïcs est évoquée à demis mots et sa légitimation ne pourra venir que de l’Eglise épiscopale voire du pape lui-même. La recomposition se concentre sur le court terme en expérimentant des solutions pour le long terme tout en travaillant les mentalités pour faire admettre l’inadmissible : des célébrations sans prêtres.

On retrouve le même discours chez l’ancien vicaire général à propos du principe de communion : « les prêtres ont le souci de la communion mais pas seulement. Tous, par le baptême, sommes qualifiés pour le service ». La collaboration entre prêtres et laïcs est institutionnalisée : « une équipe pour chaque démarche. Le prêtre devient le président de la célébration ». Alors la recomposition, une simple manière de palier le manque de prêtre ou le signe d’un changement profond ? Le discours prôné à Saint Etienne est celui d’une recomposition structurelle dont le but est l’adaptation de l’Eglise aux conditions de la modernité : « pour vivre en Eglise, il faut trouver les relais, les collaborations, les présences dont nous avons tous besoin. Ceux qui viennent nous voir viennent rencontrer l’Eglise à l’occasion d’un moment important de leur vie. Et l’Eglise, ça ne doit pas être une personne seule, même un prêtre. C’est la même chose pour le caté ou pour l’aumônerie : les animateurs, les responsables ne doivent pas être coupés des parents ou des communautés chrétiennes ». Les rôles redistribués, il s’agissait d’imposer une recomposition non fondée sur un échec de l’institution mais dans une perspective de renouvellement.

Notes
83.

& 2Chiffres provenant du Service National des vocations, consultable par le lien suivant : http://snv.free.fr/jv102simon.htm

84.