CHAPITRE 6. « Les distancés de l’Eglise : Populations à reconquérir par la co-production de structures territoriales »

Ici, il sera question de la manière dont la pastorale avec les distancés de l’Eglise est pensée et conduite dans le diocèse de Saint Etienne. Les affirmations et les comportements des pratiquants occasionnels sont intéressants et font de cette catégorie, des « invités de marque » dans l’étude des comportements religieux et dans la territorialisation adéquate de l’Eglise. Plus que cela, ils représentent l’immense partie de la population stéphanoise à laquelle s’adresse prioritairement – par nécessité aussi- l’érection des paroisses nouvelles. A travers une meilleure appréhension de leurs comportements, nous tenterons de voir en quoi ils interrogent les recompositions paroissiales. Des questions accompagnent notre recherche :

En quoi et comment ces distancés de l’Eglise remettent-ils en cause les modalités territoriales de l’organisation de l’Eglise?

Cette étude s’insère dans notre problématique dans la mesure où ces comportements s’inscrivent dans le registre de l’individualisation des pratiques, qui produit un double phénomène d’agencement des modalités produites par l’institution et l’autoproduction, si l’offre n’est pas satisfaisante, de modalités territoriales.

Après avoir définis qui sont ces distancés, nous retranscrirons les éléments récoltés lors des différents entretiens 100 conduits tout au long de cette thèse. Cette première partie sera phénoménologique. Nous commencerons donc notre prospection stéphanoise en faisant connaissance avec les distancés. Comment comprendre ces « croyants non pratiquants » comme ils aiment se désigner eux-mêmes ? Comment argumentent-ils lorsqu’ils parlent du monde, de Dieu et de l’Eglise ? Quelles émotions et sentiments expriment-ils lorsqu’ils sont en relation avec des gens d’Eglise : des mouvements, de la paroisse ou de services extra diocésain ? Et enfin, quelles sont les caractéristiques principales de la religion de ces distancés ? Ce travail à la fois descriptif et analytique nous amènera aux frontières de la sociologie et de la théologie. Néanmoins cette limite ne sera pas franchie et nous ne traiterons ni du regard porté par l’institution sur ces distancés d’un point de vue théologique, ni d’une possible typologie de leurs relations. Ces thèmes resteront en filigrane, car ils dépassent notre champ d’études et nos compétences en la matière. Ils ne seront abordés qu’en lien avec les répercussions que cela a sur le processus de recomposition territoriale en œuvre sur les paroisses de l’agglomération stéphanoise.

Notes
100.

Une quarantaine d’entretiens, discussions libres ou questionnaires constituent cet outil d’analyse. Ces travaux furent conduits durant 3 ans dans les différentes paroisses de l’agglomération stéphanoise.