I. ECOLE ET ENSEIGNANTS ENTRE COLONISATION ET DECOLONISATION (De la fin de la guerre au milieu des années 60 )

Introduction

Au lendemain de la guerre, la France est confrontée à de multiples problèmes dont dépend sa survie en tant que grande puissance. Sortie affaiblie de l’Occupation, elle doit mettre en place un programme énergique de reconstruction qui lui permette d’améliorer la vie matérielle de ses habitants et de défendre son économie contre la concurrence. Elle veut retrouver aussi sa place dans le monde, mise à mal par la défaite de 1940, l’occupation allemande et la collaboration et après 1945, par l’omniprésence de la puissance américaine. La France vit donc dans un climat politique assez contradictoire, fait d’aspirations à la liberté, à la fraternité, entretenues par les luttes communes contre le nazisme et par l’action plus récente des organisations internationales mais fait aussi du désir de s’accrocher à son Empire, seul capable, à ses yeux, de lui permettre de surmonter ses difficultés matérielles et de retrouver son prestige. Reconstituer les liens étroits qui l’unissaient à ses colonies, est devenu un véritable «  credo » politique, malgré les troubles qui se multiplient outre-mer.

Aux yeux de la société, l’Ecole a un grand rôle à jouer dans cette « Reconstruction » de la France. L’Ecole de Jules Ferry avait conforté la République et développé le patriotisme ; on attend de l’Ecole de l’après-guerre qu’elle forme des citoyens dynamiques et qu’elle maintienne l’image de grande puissance du pays.

Jusque vers le milieu des années 60, l’étude de la dimension internationale et plus précisément de la présence de l’Afrique à l’Ecole, tourne autour de trois thèmes principaux :

Quelles positions adopte l’Ecole sur la colonisation et la décolonisation ?

Comment se situe-t-elle face aux perspectives nées de la création des structures internationales qui gravitent autour de l’ONU et qui imposent une vision élargie des rapports mondiaux ?

Comment réagit-elle, notamment au début des années 60, face au problème de la faim dans le monde qui apparaît sur la scène internationale et interpelle les états et les sociétés ?

Pour répondre à ces questions, il faut étudier tous les acteurs de l’Education. La seule étude de la politique du Ministère de l’Education Nationale ne peut rendre compte de tous les aspects. Il faudra tenter aussi d’analyser ce qui passe des instructions officielles dans les classes, comment elles sont interprétées et quelle est la part des déperditions. L’Afrique est aussi présente à travers les convictions personnelles des enseignants et des étudiants. Le monde universitaire a été très ébranlé, au cours de cette période, par les évènements liés à la décolonisation, qui l’ont mobilisé mais ont laissé aussi des traces souvent douloureuses dans les mémoires.

L’importance donnée aux autres continents que l’Europe et notamment à l’Afrique, dans les préoccupations de l’Ecole, et la manière de présenter ses problèmes connaît une évolution pendant cette période. A deux moments, le Ministère fait un effort particulier pour valoriser ces thèmes : dans l’immédiat après-guerre et au début des années 60, c’est à dire quand « les possessions extérieures » de la France sont menacées. En 1945, des troubles se développent en Indochine, en Algérie, à Madagascar. Pendant la Deuxième Guerre mondiale, les liens se sont distendus avec l’Empire et la France essaie de les renouer, même au prix de quelques concessions. L’heure est toujours au maintien de relations de type colonial, malgré l’institution de « l’Union Française ». A la fin des années 50, la « Communauté Française » remplace l’Union Française, le gouvernement essaie de maintenir son influence en Afrique, sous une forme plus acceptable en instituant une politique de coopération. Il essaie d’entraîner l’Ecole dans ces deux politiques successives.