La place de l’Afrique et des problèmes de développement dans les programmes

Sa place est extrêmement difficile à évaluer. Parmi tous les programmes qui se sont succédés, notamment en Histoire Géographie, comment dire quel est celui qui lui a fait la part la plus belle, celui qui a pu jouer le rôle le plus important dans la sensibilisation des jeunes et quelle a été l’évolution sur plusieurs décennies ?

Les mêmes grands principes sous-tendent tous les programmes et vont dans le sens de l’Education au développement.On retrouvedans les commentairesqui accompagnent la publicationdes programmesles mêmes finalités que dans le B.O. pour les activités de sensibilisation au Tiers Monde. Les programmes d’Histoire-Géographie de 1977 pour le 1° cycle en sont un bon exemple. Il s’agit de…

‘« …mieux comprendre les problèmes qui se posent dans le monde »… « stimuler une sympathie active pour les autres hommes et développer l’esprit de tolérance »… « trouver dans toutes les formes d’expression une source d’enrichissement »… « ouvrir le champs de leur curiosité ( des élèves ) et de leur information aux dimensions d’un monde qui ne connaît plus de frontières et, en leur donnant un aperçu de la diversité des sociétés et des civilisations humaines, les amener à comprendre et par conséquent à mieux accepter, ce qui est différent d’eux-mêmes ». ’

A travers les programmes de l’enseignement primaire…

‘« …seront cultivées les vertus qui fondent une société civilisée et démocratique telles que le respect d’autrui, l’esprit de solidarité et de coopération, le refus des racismes…la reconnaissance de l’universel présent dans les différentes cultures… ». ’

Mais le constat que l’on peut faire, pour l’ensemble des disciplines, c’est que les programmes, pris au pied de la lettre et les horaires qui permettent de les traiter, ne sont pas, pour le Ministère, « le fer de lance » de l’éducation au développement. Il semble qu’ils soient globalement un peu en deçà des positions officiellestelles qu’elles sont exprimées dans le B.O. A la fin des années 80 par exemple, quand l’éducation au développement est considérée comme « une priorité nationale », les programmes n’en font pas réellement une priorité. Même si ceux d’Histoire-Géographie sont particulièrement concernés, on est loin des points de vue de certains spécialistes qui souhaiteraient qu’on les définisse systématiquement en fonction d’elle. Les enseignants ont certes une marge d’autonomie qui leur permet d’interpréter les programmes mais en principe, « les programmes sont conçus pour être faits » . « C’est au professeur qu’il appartient de choisir son plan de travail…Une grande souplesse lui est laissée dans l’exécution du programme sous réserve que celui soit traité dans sa totalité ». C’est ce qui ressort des préambules de deux programmes d’Histoire-Géographie. Pour éviter que l’enseignement d’une question ne prenne une importance excessive, il est parfois proposé une évaluation horaire indicative. Certains Inspecteurs se faisaient un devoir de vérifier l’application des programmes. L’un d’entre eux, dans les années 70, reconnaissait qu’on pouvait «  regretter le contenu et la contrainte des programmes mais du moment qu’ils existaient, il fallait les faire » 133 . Les parents d’élèves poussent parfois dans le même sens, en « s’inquiétant » lors de conseils de classe, d’un programme qui risque de ne pas être traité intégralement parce que l’enseignant aura fait des choix. Cette obligation pénalise l’éducation au développement qui demande du temps.

En outre, elle est défavorisée par les remaniements fréquents, ces dernières années : refonte totale, réécriture d’un même programme pour tenir compte des avancées de la recherche et des changements de perspectives, et surtout allègements, en relation avec des amputations d’horaires particulièrement inquiétantes aux yeux des enseignants. Malgré les protestations de l’APHG qui craignait qu’on évolue vers un enseignement optionnel, les horaires d’histoire et de géographie ont été revus à la baisse dans pratiquement toutes les sections, dans les Terminales scientifiques notamment ( moins 1h de cours + ½ h dédoublée, en 2001 ), en 1° S ( moins 1h ½ de 1992 à 2000 ), dans toutes les classes de collèges. L’APHG s’inquiète de voir les programmes devenir « incohérents » à force d’allègements. L’Histoire et la Géographie ont même disparu dans certaines sections techniques ( par exemple, les Terminales STI, SMS, STL ). En Terminale STT, le programme est remplacé par des questions au choix. Faute de temps, les enseignants sont obligés de passer plus vite sur des questions complexes, ou de laisser carrément de côté certaines d’entre elles. Le Tiers Monde est souvent la victime de ces « allègements »  et de ces choix.

Pour faciliter la tâche des enseignants, le Ministère dans certains B.O. et dans les préambules des nouveaux programmes, les CRDP, mais aussi les associations ont mené une réflexion sur la manière d’utiliser les programmes pour l’éducation audéveloppementsans en troubler la cohérence. Les stages pédagogiques, les Universités d’été ont consacré aussi du temps à cette tâche. Il s’agissait moins de recommandations à suivre au pied de la lettre que d’indiquer quelques directions à suivre et surtout de montrer que c’était possible. Beaucoup de thèmes peuvent être le support de l’éducation au développement : en 6°, par exemple, en insistant sur la notion de civilisation et en étudiant des civilisations anciennes,

DOCUMENT 5 : Entrées possibles du thème du développement dans les programmes du 1° cycle Document élaboré par l’association « Peuples Solidaires » en 1989
DOCUMENT 6 : Entrées possibles du thème du développement dans les programmes du 1° cycle Document élaboré par le CRDP de Grenoble en 1992
DOCUMENT 6 : Entrées possibles du thème du développement dans les programmes du 1° cycle Document élaboré par le CRDP de Grenoble en 1992

on peut éveiller la curiosité à l’égard de ce qui est différent et éduquer à la tolérance. Deux exemples de fiches-conseils ont été intégrés à cette étude :

Doc.5 : 1989. Une ONG, « Peuples Solidaires » diffuse une fiche dans le cadre des thèmes transversaux, sur la manière d’utiliser l’ensemble des programmes du 1° cycle pour l’éducation au développement.

Doc 6  : 1992. A l’occasion d’une semaine d’information organisée dans l’Académie de Grenoble par le CRDP, le service d’Action culturelle du Rectorat et quelques enseignants volontaires, le même type de fiche a été établi pour le 1° cycle en particulier et dans toutes les disciplines.

Les programmes ne constituaient donc pas un obstacle majeur pour l’Education au développement. Les enseignants motivés les ont considérés souvent comme des cadres relatifs, susceptibles d’être interprétés. Même si le libellé d’un programme donne l’impression d’un recul dans l’étude du Tiers Monde, même si l’européocentrisme est inévitable avec la mise en place de l’Union Européenne, cela ne signifie pas pour autant un recul de l’Education au développement. Les programmes laissent aux enseignants la possibilité de s’y investir, à partir du moment où ils estiment que c’est essentiel.

Beaucoup d’études ont été faites, nous l’avons déjà vu, sur les contenus des programmes et des manuels. Nous nous contenterons donc, pour aller un peu plus loin, de prendre quelques exemples dans les différentes disciplines, à des niveaux et dans des filières diverses. Nous privilégierons l’Histoire et la Géographie en Terminales. Le reste sera étudié plus rapidement.

Notes
133.

Source : Réunion animée par un Inspecteur Général.