- 3 - La marche à pied : un mode de transport peu apprécié et de plus en plus dangereux

La marche à pied est évidemment un élément nécessaire intrinsèque à l'usage des transports en commun outre les avantages bénéfiques à la santé. Elle est pourtant très mal perçue par la population, surtout aisée, du fait de l'état des parcours piétons (trottoirs) et surtout à cause de l'image sociale peu valorisante qu'elle développe (Desbenoît, 1993). Contrairement à ce que l'on observe dans les capitales africaines (CUSSET et al., 1996) la marche à pied tend à être jugée pénible par les citadins vietnamiens.

Ce jugement est encore confirmé dans une enquête approfondie de 2001 à Hanoï. Une telle attitude est non seulement nuisible au développement du transport public mais aussi incitative à l'usage du motocycle pour des distances courtes même de 200 m. Selon une enquête ménage de 1995, la marche ne représente que 8,5% des déplacements.185 En fait, l'usage très développé de la bicyclette et du motocycle limite le recours à la marche à pied pour de nombreuses catégories de la population.

Une raison capitale pour le faible usage de la marche à pied est l'insécurité pour piétons. Comme dans le cas de la bicyclette, la marche à pieds à Hanoï et Hô Chi Minh Ville est rendue trop dangereuse faute de facilités et aménagements urbains en faveur des piétons. Il convient de voir la remarque d'un expert étranger en transport "certains consultants étrangers en matière de transport ne savent pas qu'une des raisons importantes pour l'usage du motocycle dans les villes vietnamiennes est pour traverser la route."

Cette remarque semble logique si on regarde le trafic au Viêt-nam. Les motocyclistes vietnamiens roulent très vite mais ne cèdent normalement pas le passage aux piétons sur leur voie prioritaire. Ou bien les motocyclistes s'arrêtent au feu rouge trop près du passage piéton et roulent vite au passage du feu vert et fauchent des piétons qui se trouvent encore sur la chaussée. Le directeur du Service de la Police d'Hanoï a donné l'alerte sur les accidents liés aux piétons. En 2004, 97 accidents impliquant des piétons causent 97 morts (dont 68 causés par le motocycle, 17 par l'automobile et 12 par le train), soit 16% des fatalités impliquant tous modes de transport terrestre à Hanoï.186

Dans les villes vietnamiennes, les accidents que subissent des piétons sont le plus souvent la faute des usagers de modes motorisés, notamment sur le passage même pour piétons. Parfois c'est la faute des piétons qui sont obligés à marcher sur la chaussée puisque le trottoir est occupé soit par les activités de commerce soit par le stationnement de deux roues à moteur.

Notes
185.

cité par CUSSET et al. (1996)

186.

selon "Hanoï en 2004 : une centaine de piétons morts à cause des accidents de la circulation". HanoïNet 14/12/2004