3.2.4.4. Le dégoût olfactif et la perception du dégoût chez autrui

La réaction de dégoût à des odeurs est une attitude primordiale pour l’individu dans la mesure où elle lui permet d’anticiper l’ingestion d’aliments potentiellement toxiques. De même, voir un individu consommant un aliment exprimer le dégoût permet d’en inférer que cet aliment est mauvais. Plus que déplaisant, le terme de dégoûtant implique alors une connotation alimentaire. Dans une étude récente, menée en collaboration avec Bruno Wicker (Wicker et al., 2003, Annexe 4), nous faisons l’hypothèse que, pour comprendre l’expression de dégoût manifestée par autrui, l’observateur doit lui aussi ressentir ce dégoût. Cela implique que les réseaux neuronaux activés pendant la vision du dégoût chez autrui sont les mêmes que ceux activés pendant la sensation de dégoût. Pour tester cette hypothèse, les sujets soit inhalent des odeurs très fortement dégoûtantes, soit observent des clips vidéo mettant en scène différents acteurs mimant l’expression faciale de dégoût suite à la perception d’une odeur. Les mêmes régions au sein de l’insula antérieure gauche (Figure 16), et à un degré moindre dans le gyrus cingulaire antérieur, sont alors activées dans les deux conditions expérimentales. Ce résultat concorde avec les études montrant que des odeurs déplaisantes (Zald & Pardo, 1997; Zald et al., 1998; Royet et al., 2003) ou dégoûtantes (Heining et al., 2003) ainsi que l’observation de l’expression faciale de dégoût chez autrui (Phillips et al., 1997; Calder et al., 2000; Krolak-Salmon et al., 2003), activent le cortex insulaire.

Figure 16. Activation de l’insula antérieure gauche lors des comparaisons ‘vision de quelqu'un manifestant un dégoût – vision de quelqu’un exprimant une émotion neutre’ (bleu), ‘perception d’une odeur dégoûtante – repos’ (rouge), et le chevauchement des deux comparaisons (blanc). Les clusters d’activation sont représentés sur une coupe sagittale (x = -34) de cerveau (adaptée de Wicker et al., 2003).

Au même titre que les neurones miroirs sont activés non seulement pendant une action mais aussi à la vue de quelqu’un faisant cette même action (Rizzolatti et al., 1996), l’insula antérieure gauche est activée pendant la perception d’une odeur dégoûtante et à la vue d’une personne sentant une odeur dégoûtante et exprimant du dégoût sur son visage. Cette découverte offre ainsi une base neuronale à l’empathie.