Comme l'a fort bien montré Bakhtine, les effets de dialogisme interne peuvent se faire ressentir dans de petites unités textuelles dès lors qu'elles constituent un énoncé (celui-ci pouvant se réduire à un seul mot) et qu'elles sont susceptibles de porter en elles la trace d'une autre voix, et, partant, d'un autre énoncé :
‘Un énoncé est tourné non seulement vers son objet mais aussi vers le discours d'autrui portant sur cet objet. La plus légère allusion à l'énoncé d'autrui donne à la parole un tour dialogique que nul thème constitué purement par l'objet ne saurait lui donner. (ECV., 302)’Under the Volcano est un roman où l'obliquité semble érigée en principe d'écriture. Le recours au style indirect libre en est évidemment une manifestation, mais à cet effet de voix « double » (la dual voice dont parle Roy Pascal90) vient s'ajouter celui de l'apparition constante de mots bi- ou pluri-vocaux qui recèlent des sens cachés et parfois multiples. Nous les appellerons mots-écrans, ou encore mots travestis, la seconde dénomination correspondant à une amplification dialogique du phénomène décrit par le premier terme, et définissant une carnavalisation du discours où les mots affichent pleinement leur déguisement.
Cette expression donne son titre à l'ouvrage de R. Pascal sur le style indirect libre : The Dual Voice : Free indirect speech and its functioning in the nineteenth-century European novel, (Manchester : Manchester U. Press, 1977).