Conclusion générale : bilan et prolongements de l’analyse conventionnaliste de l’autoritédans la relation d'emploi

Introduction : Des allers retours entre faits et théories :

Au terme de notre recherche, nous allons conclure en empruntant un cheminement classique, en deux temps ; celui du retour sur les interrogations initiales puis celui de l’ouverture vers de nouvelles interrogations. Tout d’abord, nous ferons donc un bilan des réponses que nous avons tenté d’apporter au cours du développement aux problématiques soulevées dans l’introduction. Ces problématiques mêlaient - on s’en souvient -, des questionnements théoriques à des questionnements historiques. C’est pourquoi nous séparerons ces deux perspectives - théorique et historique -, dans cette première section de bilan, chacune d’elle correspondant à une partie de notre thèse. Ce retour sur la trame de notre raisonnement met en lumière la volonté de toujours confronter les approches théoriques aux faits. C’est d’abord en partant d’une critique externe, déployée à partir d’observations elles-mêmes basées sur la distinction séminale entre l’autorité et le pouvoir -, que nous avons disqualifié les théories des contrats. Par contraste, nous avons bâti, à partir de la notion de convention, un cadre théorique dont nous avons promu la plus grande pertinence externe. Ce modèle conventionnaliste de l’autorité a alors été esquissé et approfondi à partir des hypothèses mobilisées. C’est ensuite que nous l’avons confronté aux faits stylisés des mutations de la relation d'emploi - en adoptant de nouveau une démarche de confrontation aux faits. Nous pensons avoir réussi, dans une certaine mesure, à montrer que la forme historique d’exercice de l’autorité - ce que nous avons appelé le « paradigme de l’autorité hiérarchique moderne » -, pouvait être analysée pertinemment dans le cadre de notre modèle. De même, celui-ci nous semble fournir une grille de lecture féconde des ruptures observées aujourd'hui qui désagrègent ce paradigme de l’AHM. Mais, cette application historique de l’analyse conventionnaliste de l’autorité dans la relation d'emploi fait apparaître également des limites à la démarche suivie.

C’est pourquoi nous poursuivrons cette conclusion générale par une seconde section qui tentera de sérier les questions ouvertes par la recherche entamée. Cette présentations brève d’orientations vers de nouvelles interrogations sur lesquelles nous pensons déboucher au terme de notre parcours, se fera en deux temps. En voyant d’une part, dans une perspective analytique, les limites auxquelles se heurte l’analyse conventionnaliste lorsqu’on la confronte aux mutations actuelles, dont le sens profond est de mettre à nu les rapports de pouvoir. Le modèle conventionnaliste de l’autorité, s’il réussit à éclairer judicieusement les dimensions institutionnelles de la relation d'emploi, semble buter par contre devant la nécessité d’accorder une place plus importante aux rapports de pouvoir désinstitutionnalisés. C’est autour de l’appréhension de la logique marchande que se noue, nous semble-t-il, cette difficulté. Ainsi, nous repartirons de la confrontation aux faits pour remettre sur le métier la pertinence du modèle conventionnaliste de l’autorité. L’autre axe exploratoire que nous ouvrirons dans cette seconde section, dans une perspective empirique, tentera de voir quelles réponses le cadre théorique adopté peut fournir aux mutations actuelles de façon à contrer, à « contenir », les pouvoirs de marché plus prégnants aujourd'hui. C’est donc en revenant à une démarche plus appliquée que nous finirons, en posant quelques jalons, à partir des enseignements de l’analyse conventionnaliste, qui puissent servir d’appui à des propositions concrètes.