3.4. L'œcuménisme en musique.

Le caractère quelque peu rigide de notre système d'oppositions entre deux esthétiques musicales nécessite, en codicille, que nous en marquions certaines limites.

Notre souci de distinguer précisément deux musiques baroques françaises ne doit pas nous conduire à passer sous silence les courants de pensée qui cherchent à les articuler ou, plus tardivement, à les unifier. Bien qu'indiquant généralement leurs préférences, et au fur et à mesure que les querelles s'estompent, la plupart des auteurs d'écrits sur la musique qui opposent deux types de musique (généralement la française à l'italienne), prennent une position œcuménique en reconnaissant à chacune sa valeur propre, tout en les distinguant soigneusement à partir des catégories dont nous avons fait état. Rousseau écrira : « A cela les Français se contentent de répondre que la musique italienne a son génie particulier et la Française le sien, et que la différence qui s'y trouve n'admettant pas de comparaison, elles doivent passer pour également bonne, chacune dans leur genre » 1 . Blainville, nous en avons parlé plus haut, est très représentatif de ce courant. Il oppose (utilisant alors la langue italienne) genre cantabile et genre sonabile, et s'il semble préférer le premier (qui correspond à la musique française), il n'en prêche pas moins la réconciliation : « Notre genre est simple, naïf, ferme et vigoureux ; le genre italien a des beautés d'expression, des finesses d'agrément que nous pouvons acquérir, voilà les fleurs ; c'est à nous de les cueillir, sans perdre de vue que nous sommes français » 2 .

Notes
1.

ROUSSEAU, Jean Jacques, Lettre sur l'opéra Italien et Français, 1745, Œuvres complètes, Tome V, Paris, Gallimard, coll. La Pléiade, 1995, p.254.

2.

BLAINVILLE, op. cit. p.19.