20.2. Pièces « dans le goût de vielle » dans le répertoire écrit pour d'autres instruments

20.2.1. Lully, « 2e Air pour les aveugles jouant de la vielle », Le ballet royal de l'impatience.

C'est en 1661 que Lully présente le ballet intitulé Ballet royal de l'impatience. Cette œuvre nous intéresse directement en raison de l'existence d'un air intitulé « 2e air pour les aveugles jouant de la Vielle » 1 qui marque la troisième entrée de la quatrième partie. Le morceau est joué par l'ensemble des instruments à cordes ; selon Green 2 , la voix de dessus aurait été doublée par la vielle.

Cette pièce d'inspiration populaire est d'une grande simplicité mélodique et rythmique. Elle comporte quatorze mesures en deux sections. La première section de quatre mesures répète deux fois un segment de deux mesures. La deuxième section de dix mesures commence par une répétition de deux segments de quatre mesures (selon la structure a,b,a',b); et se conclut par un segment de deux mesures (qui reproduit a').

Il faut dire que le texte musical de Lully n'évoque pas particulièrement l'image du mendiant aveugle moulinant misérablement une rengaine à la vielle pour attirer la pitié des passants. Il s'agit d'un air vif, que l'on pourrait qualifier de gai et de sautillant, et que l'on dirait évoquer plutôt une fête villageoise que les bas-fonds citadins.

On peut du reste entendre que le caractère « guilleret » de ce morceau illustre l'introduction quelque peu batailleuse de cette IIIe entrée : « Dix aveugles impatients de sortir de crainte de perdre l'heure de gagner leur vie, n'attendent pas leur conducteur, et se fiant à leurs bâtons, s'entrechoquent et se battent ».

Notes
1.

LULLY, Jean-Baptiste, 2e air pour les aveugles jouant de la Vielle, Ballet royal de l'impatience, 4e partie, 1661, p.68.

2.

GREEN, Robert A., The hurdy-gurdy in eighteenth century France, Indianapolis, Publications of the Early Music Institute, 1995, p.4/5.