De l’ATURVIL à l’ATURCO

L’Atelier d’Urbanisme de la Ville de Lyon (ATURVIL) est créé en 1961 par le Ministère de la Construction, pour apporter une expertise technique spécialisée aux services municipaux dans l’élaboration et la mise en œuvre des plans d’urbanisme et des projets de rénovation ou de restructuration urbaine dans la ville centre. Il travaille essentiellement au service du pouvoir municipal local et très indirectement au service des orientations de l’Etat, du moins avant la création de la COURLY. Il est placé sous la responsabilité de l’architecte-urbaniste en chef C. Delfante, secondé par J. Meyer 108 sur certains dossiers. Il bénéficie d’une aide technique importante de la part des bureaux d’études spécialisés du réseau de la CDC (SEDES, BETURE, SETEC, CERAU) dont il héberge des représentants durant les années 1960.

Le rôle de l’ATURVIL est très important dans l’élaboration des plans d’urbanisme antérieurs à la LOF de 1967 (PGDU, PADOG, plans de secteurs), et dans la conception de l’opération de restructuration urbaine de la Part Dieu. C. Delfante et J. Meyer élaborent en effet dès 1964 un projet de restructuration pour le périmètre de la Part Dieu, ancienne caserne militaire libérée par l’Armée française à proximité du centre ville, qui doit devenir un nouveau quartier central pour l’agglomération lyonnaise (Delfante, Meyer, 1964). Ce programme est élaboré en collaboration avec les services du Ministère de la Construction, sur la base des études réalisées par les commissions du Comité d’expansion lyonnais et les bureaux d’études spécialisés de la CDC sur les problèmes d’accessibilité du centre et de connaissance économique des activités tertiaires (SEDES/CERAU).

C. Delfante est très proche du Maire de Lyon : les travaux de l’Atelier d’urbanisme reflètent donc précisément ses volontés, et les intérêts économiques et de développement urbain de la ville centre. Cette domination du pouvoir politique en place à Lyon et la relative liberté que lui confèrent les services de l’Etat sont remis en question par les nouvelles orientations de la politique nationale à partir de 1963. En 1969, l’ATURVIL est transformé en Atelier d’Urbanisme de la COURLY, afin d’adapter ses services aux nouveaux enjeux spatiaux de la coopération intercommunale et permettre l’intégration technique et opérationnelle de la nouvelle échelle d’étude territoriale de l’agglomération dans les travaux de planification urbaine.

L’ATURCO travaille ainsi au service de l’ensemble des communes appartenant à la COURLY, et non plus seulement au service de la Ville de Lyon, mais sa dépendance vis-à-vis des services de l’Etat et des bureaux d’études spécialisés de la CDC se trouve également renforcée, au moment même où la domination de la Ville de Lyon sur ses travaux s’estompe. L’Etat central assure en effet la majeure partie du financement de l’ATURCO afin de garder un contrôle étroit sur l’élaboration et la conduite des politiques urbaines à Lyon, et impose à l’équipe locale une collaboration active et permanente avec les cabinets d’études parisiens impliqués dans la conduite de la politique urbaine (SEDES, CERAU…). En revanche, les services de l’Etat se dégagent globalement des contraintes opérationnelles, lourdes à assumer d’un point de vue financier, humain et technique (besoin de techniciens au fait des problématiques locales et hautement qualifiés), en maintenant en place le personnel de l’ancienne structure locale, qui a fait la démonstration de ses compétences en matière de planification et d’études urbanistiques à travers l’élaboration du PDGU et du PADOG.

La mise en place de la politique des métropoles d’équilibre, du GCPU au niveau gouvernemental et de l’OREAM au niveau régional, verrouille ainsi assez fortement les possibilités d’initiative et d’orientation des acteurs du niveau local. L’ATURCO est de la sorte beaucoup plus voué à la mise en œuvre des orientations de l’Etat que l’ATURVIL. Il constitue désormais l’antenne locale des bureaux d’études du réseau SCET-CDC, qu’ils hébergent dans ses locaux. Le rôle du CERAU 109 est notamment très important dans l’élaboration des orientations de l’action publique en faveur de l’économie et de la planification dans l’agglomération lyonnaise à partir de 1968. Il s’intéresse tout particulièrement aux questions d’aménagement industriel et produit une série d’études qualitatives et quantitatives très précises sur l’industrie et le secteur tertiaire dans l’agglomération au tournant des années 1960 et 1970. Certaines d’entre elles attirent les foudres des organismes patronaux lyonnais (CCIL, GIL), qui voient leurs intérêts industriels être remis en cause dans l’agglomération lyonnaise (voir infra, Section 3).

La marge de manœuvre de C. Delfante sur l’aménagement du quartier de la Part Dieu est également beaucoup plus étroite et limitée, comme la capacité d’inflexion des documents de planification urbaine par les responsables politiques lyonnais. Le projet de restructuration urbaine du quartier de la Part Dieu, conçu au départ par l’ATURVIL de façon relativement indépendante et en cohérence avec les intérêts politiques et économiques locaux, est repris en main par les services centraux de l’Etat à partir de 1967 dans le cadre de la mise en œuvre de la politique des métropoles d’équilibre. De la même façon, C. Delfante élabore un projet de SDAU pour l’agglomération lyonnaise dès 1969, mais le document définitif est produit par les services ministériels (DDE). Le SDAM de l’OREAM reprend en partie ses orientations, mais l’ATURCO n’est pas associé à son élaboration.

Le rôle de l’ATURCO est cependant peu contesté ni critiqué par les élus lyonnais, en raison de sa faible lisibilité tant opérationnelle que politique et de son mode d’intervention, en amont de la décision publique. Son rattachement direct aux services de la COURLY en fait plutôt l’un de ses prolongements « naturels »en matière d’expertise et de préparation des documents de planification ou des opérations d’aménagement. En revanche, sa collaboration de plus en plus étroite avec les bureaux d’études parisiens et son alignement « forcé » sur les orientations politiques de l’Etat en matière d’aménagement économique pour l’agglomération à la fin des années 1960, le placent dans un position des plus délicates face aux revendications croissantes des structures de représentation des intérêts économiques lyonnais, désireuses de voir leur légitimité et leur participation à la régulation économique territoriale reconnue par les autorités centrales.

Notes
108.

Architecte-urbaniste de l’Etat, Ministère de la Construction.

109.

Centre d’Etudes et de Recherche sur l’Aménagement Urbain, bureau d’études rattaché à la Caisse des Dépôts et Consignations, remplace le SEDES à partir de 1968.