Groupes carnavalesques

La communauté brésilienne, l’une des plus importantes en Guyane, depuis les années 60, est largement représentée dans les cortèges carnavalesques dominicaux.

Les groupes d’Outre-Oyapock (fleuve et frontière naturelle séparant la Guyane du Brésil) présents depuis des années dans les défilés carnavalesques cayennais, portent des noms, tels que « Chiré ban’n », créé en 1990 à Kourou, et dont la formule révolutionnaire de cotisation permet à chaque adhérent d’avoir un costume tout prêt pour le défilé du dimanche, ou encore le groupe « Coracao do Brasil », plus récent créé en 1996, et qui affiche un attachement à la tradition carnavalesque brésilienne avec costumes somptueux, plumes, jeunes femmes dénudées et danses spécifiques des carnavals du Brésil.

D’autres groupes font aussi la renommée des défilés dominicaux de Cayenne.

« Manaré 46  », créé en 1981et qui remporta trois fois le premier prix de la grande parade du Dimanche Gras (le dernier, en 2001). Le groupe a joué les ambassadeurs du carnaval guyanais à Paris en 1991, puis aux Antilles. Robert Sébas, président et fondateur progressiste, dira de son groupe : « Je me démarque par rapport à la tradition. Manaré a pour vocation de donner envie aux gens de se déguiser. Dire qu’à côté de la tradition on peut créer autre chose, donner une impulsion au carnaval. »

« Porc-épics », fondé en 1972, dont la renommée n’est plus à faire, vainqueur du premier prix de la grande parade de 2000, et dont le siège de l’association est situé dans une cité, la cité Thémire. Dolore Boromée, la présidente et fondatrice du groupe, dit à propos du nom du groupe : « C’est un animal qui a beaucoup de piquants et quand, paraît-il, il voit l’être humain, il dresse tous ses piquants. C’est comme nous quand on se présente dans les rues de Cayenne, on met nos beaux costumes dehors pour « piquer » les yeux des admirateurs ».

« Malani 47 », fondé en 1995, dispose de cette caractéristique de savoir mêlé de nombreuses expressions originales de multiples cultures : guyanais, brésilien, antillais, caribéens, etc.

« Kalbass », composé essentiellement de jeunes (dont la moyenne d’age maximum est de 25 ans) et de percussionnistes du quartier « Cité Zéphir ». Créé en 1992, il participe au festival de Cuba en 1994 et remporte cette même année le premier prix de la grande parade.

« Il s’agit au départ d’un groupe d’amis du quartier de Zephir, le Plastic Band (…).et puis en 1992 le groupe devient « Kalbass ». Kalbass, c’est un groupe qui a pour objectif d’aider les jeunes à s’exprimer au travers de la musique et de la solidarité. (…) Pour ces jeunes le carnaval, c’est s’amuser, prendre son pied, mais la musique a plus d’importance » ; « Le carnaval est une façon pour les jeunes de ce quartier de s’imposer avec beaucoup de fierté ! », se justifie la vice-présidente du groupe, Annick Virtos.

« Les belles de la Madeleine » a la spécificité d’être un groupe restreint dont l’anonymat est le leitmotiv. Leur première apparition remonte à 1989, et dès lors, il est l’un des groupes les plus attendus tant ses costumes allient beauté et perfection et ses masques, maquillés, décorés de strass et de bijoux, habillés de tissu et de brillants aspirent tous les regards.

« Os Band » est un groupe composé de Métropolitains vivant dans le département amazonien et décidé à participer aux défilés de Cayenne. Créé en 1991 avec le financement des œuvres sociales de l’ORSTOM 48 (rebaptisé Institue de Recherche pour le Développement en 1999), le groupe peut présenter lors de la grande parade pas moins de deux cents membres. Les costumes traditionnels guyanais et les chants antillo-guyanais que présentent régulièrement le groupe sont le fruit de sa volonté effective de s’intégrer sans distinction ostensible dans les défilés cayennais. Je fus invité plusieurs fois à assister à leurs répétitions et à m’entretenir avec ses membres.

« Réno Ban’n », datant de 1990, porte le nom contracté du quartier, « La Rénovation Urbaine », lieu de résidence des trente membres. C’est un groupe jeune puisque la moyenne d’âge est de 24 ans. C’est également un groupe considéré comme un « groupe de quartier », issu effectivement d’un quartier défavorisé qui est le premier à avoir remporté le premier prix de la grande parade.

« Kassialata » est un groupe du même quartier que Réno Ban’n qui a été créé quatre ans plus tard, en 1994. Il se compose d’une cinquantaine de musiciens et d’une vingtaine de membres du bureau, avec une moyenne d’age, comme souvent pour les groupes de quartiers, peu élevée, d’environ 26 ans.

« Safari Inini » est une association culturelle et sportive créée en 1982 qui se donne comme devoir de participer aux défilés carnavalesques chaque année : « Quelque soit la situation de l’association, c’est un devoir de participer au carnaval. C’est une façon de respecter l’origine du groupe » s’enorgueillit le président fondateur, Joël Egalgi. Et de rajouter : « Nous avons des répétitions deux fois par semaine. Ce sera difficile d’atteindre le niveau des groupes qui gagnent la grande parade mais ce n’est pas notre but. On privilégie davantage l’aspect spontané, c’est le carnaval en tant que manifestation populaire qui nous intéresse. ». Le groupe remporte tout de même le Prix spécial du jury à la parade de Kourou.

« Piraye » est un groupe de quartier, de la « Cité Médan », fondé en 1998 et, comme dans la plupart des groupes de quartier, la moyenne d’âge est très basse, environ 20 ans. Ce groupe est une association exclusivement carnavalesque et qui fonctionne d’octobre, date des premières réunions et des premières répétitions musicales (deux fois par semaines) à la fin des festivités carnavalesques. « On essaye de se distinguer en tenant compte de tout ce qui a marqué l’actualité. Cette année nous misons sur la magie, la féerie. Le carnaval est court, il est difficile d’avoir des sponsors, nos membres sont jeunes avec peu de moyen. Maintenant le carnaval est très commercial, on est obligé de suivre l’évolution pour être dans le bain.», déclare le président Thierry Terriat.

Chacun des groupes change régulièrement de costumes les dimanches de défilés mais réserve le plus somptueux pour le Dimanche Gras, celui de la grande parade.

Les costumes traditionnels 49 sont fréquemment utilisés pour les défilés dominicaux : « Nous, c’est la grande parade tous les dimanches ; nous sommes portés sur la tradition, ne serait-ce qu’un dimanche, on sort en coupeuses et coupeurs de cannes ! », déclarera Julberto Monlouis, le président du groupe « Réno Ban’n ». « On sort souvent en touloulou et en balayeuses, on aime bien ça, et tu verras pour la grande parade, il y en aura qui seront déguisés en balayeuses », me confie ma voisine de table, dont je ne connais pas le nom, lors d’une réunion du groupe qui m’a accepté chaleureusement et avec bienveillance dans ses rangs, le groupe « Scorpion ». « Tous les groupes ont en réserve des costumes traditionnels et les sortent les dimanches de défilé, moins peut-être à la grande parade, (…) mais on les voit souvent avec les « Carolines », l’« Anglé bannan », les « Zombies baré-yo » enfin avec les déguisements traditionnels qui sont derrière vous, là » me dit-on en me désignant une petite dizaine de poupées affublées effectivement de costumes carnavalesques très spécifiques.

Notes
46.

Le manaré est un outil traditionnel confectionné en vannerie qui sert à égoutter le manioc.

47.

Nom d’une rivière du nord-ouest du département.

48.

Office de la Recherche et Technique Outre-Mer

49.

cf. infra.