1.2.4. Sujet n°4 : Monsieur B.

1.2.4.1. Présentation.

Monsieur B accepte l'entretien et l'enregistrement mais refuse la passation du TAT en arguant qu'il a "passé l'âge des images". Au plan de l'état civil, il annonce 47 ans, une situation familiale de divorcé et de grand-père. Il précise qu'il lui "reste" une fille et une petite fille. Il nous interpelle vivement en demandant ce que nous voulons savoir de plus, imaginant que nous souhaitons l'interroger sur ses frères et sœurs. Surprise de ce ton, nous expliquons qu'il n'y a aucune obligation à parler d'un sujet particulier. Il énumère tout aussi brusquement, sur le mode télégraphique, le décès de ses deux parents ("papa, maman, décédés") et ce qui lui "reste" de frères et sœurs qu'il n'a pas vus pour la plupart depuis plus de 15. Il conclut ce chapitre en disant que "c'est suffisant".

Pour tenter de réduire la tension perçue dans ce début de relation, nous réaffirmons que c'est lui qui, à ce stade de présentation, décide de ce qu'il veut dire; Monsieur B rappelle en s'esclaffant: « c'est vous qui faites votre thèse ! ».

Conciliante, nous nous penchons sur son statut professionnel; nous nous faisons rabrouer d'oser une telle incongruité alors qu'il présente un plâtre à la jambe, pour unedouble fracturede la malléole. D'une manière assez provocatrice, il explique avoir travaillé auparavant " au black" et sortir de prison. Attendant notre réaction, il poursuit en pensant que nous allons sans doute lui demander «pourquoi vous vous êtes retrouvé en taule?". Avec un frémissement d’agacement, nous répliquons que nous ne le demandons pas. Après avoir ajouté que "ce n'est un secret pour personne", sans cependant dévoiler ce "non-secret", il revient au questionnaire. Nous signalons que nous en étions seulement à l'état civil; il trouve un ton polémique pour déclarer qu'il est en train de refaire sa carte d'identité et que cela va moins vite que s'il s'appelait "Mohamed". Troublée, nous souhaitons lui faire préciser sa pensée, mais il répond, condescendant et ironique : "vous êtes pas à ce point naïve ou vous vous f… de moi ?". Nous proposons de poursuivre avec le questionnaire.