1.2.8.4. Commentaire.

Monsieur C d'abord méfiant, se présente comme un homme serviable qui participe à l'étude pour nous faire plaisir. Il répond sur un mode factuel, qui pourrait être adapté, sans sa difficulté récurrente à se faire entendre. Il mentionne rapidement son différend conjugal et son projet de reprendre ses enfants au plus vite à ses côtés. Avant la série de questions sur la santé, il évoque la souffrance liée à la séparation d'avec son épouse qu'il continue à aimer, montrant devant nous comme au cours d'une confidence, les témoignages écrits de cet amour; cet épisode nous questionne sur sa capacité à préserver son intimité dans un mouvement «d’obscénalité ».

La question du lien est d'abord traitée sur un mode grivois, avec la narration de ses conquêtes sexuelles, qui ont pourtant réussi à le rendre durablement malade pour la seule fois de sa vie.

C'est cependant la scène de l'accident et de la blessure de la langue, largement détaillée, qui semble donner l'orientation de la séance. Coupé profondément, Monsieur C joue de l'effet traumatique sur l'autre, qu'il ne paraît pas ressentir lui-même.

Il nous faut ensemble traverser ce déluge de sang pour parvenir à la notion de honte intérieure qu'il n'a jamais pu effacer, celle d'avoir été "repoussé" et coupé des siens par l'étendue de la mer.

Les moments apparemment les plus authentiques chez lui sont accompagnés d'une voix sourde et voilée, ou au contraire fleurie d'un accent du sud, Corse à n'en pas douter. Il est intéressant de faire le lien avec la langue déchirée et la rupture persistante, malgré ses tentatives de rapprochement. En fin de séance, dépouillé de son costume d'homme robuste et autonome, Monsieur C montre le désespoir de celui qui n'est qu'une "erreur de parcours" et qui risque de lâcher le chemin qui ne lui était pas ouvert dans l'histoire familiale.

Nous n’éprouvons pas de ressenti particulier au début de la rencontre, sauf peut être une attention singulière à cette voix qui fuit, se noie, s'éteint souvent. Nous sourions intérieurement de sa description d’homme invulnérable, jusqu'à la première attaque contre le corps par "trop d'amour". Progressivement plus préoccupée, nous avons souvent besoin de nous assurer que l'entretien ne lui est pas trop difficile, qu'il va pouvoir supporter certains sujets. Nous percevons peu à peu le retour de l'enfant blessé sans avoir pu anticiper l'immensité du fracas. Nous sommes finalement inquiète de l'abandonner ainsi, dans ses retrouvailles tragiques avec ce qui lui est "sacré" mais inaccessible.