3.3.2. Entretiens.

3.3.2.1. La première rencontre.

Lors de cet entretien initial, elle mentionne sa méfiance à l’égard des « psy » et des travailleurs sociaux, qui n’ont jamais rien compris à ses problèmes, l’ont accablée de divers reproches, et l’ont souvent fait taire en coupant sa parole. Nous comprenons très vite d’où vient sa connaissance des aidants, lorsqu’elle évoque une fratrie de plusieurs malades mentaux durablement traités en hôpital spécialisé, des sœurs suicidaires ou/et plus ou moins prostituées, une famille très désocialisée et suivie depuis toujours par les services sociaux. Amina, la septième de la fratrie, semble avoir pu survivre hors de ce chaos, sans savoir elle-même comment; de ce fait, elle s’est depuis toujours chargée des problèmes de tous. Elle a dû toutefois payer un prix pour se démarquer de cette destinée, celui de se sentir comme « une poubelle » sur laquelle se déversent tous les déchets parentaux et fraternels. Cette certitude entraîne une très grande méfiance à l’égard de tous les signes d’estime qui pourraient lui être témoignés, depuis l’échec d’une ultime espérance d’être enfin reconnue: elle avait travaillé une partie de son enfance et de son adolescence chez « une vieille dame » qui la respectait, qui semblait l’aimer. Au décès de celle-ci, elle a été rejetée par les descendants, se retrouvant plus seule et désemparée qu’avant cette rencontre.

L’autre grande difficulté signalée dans le sens de sa déchéance, concerne sa propension aux addictions; si elle se contente aujourd’hui de fumer beaucoup de cannabis pour s’embrumer l‘esprit, elle a goûté à des produits plus durs après le décès de sa « bienfaitrice » et, le succédant, de celui de son petit ami.

Amina dit ne pas parvenir à rompre avec sa famille comme on le lui conseille, au risque de se sentir « lâche et traître » à l’égard de ses parents qu’elle juge pourtant incompétents en tant que tels.

A cette première séance, nous sommes convaincue de la nécessité d’user de prudence pour ne pas la blesser par une trop grande empathie ou une neutralité classique. Il ne faut pas lui couper la parole de peur que les mots s’arrêtent dans sa gorge. Nous lui proposons évidemment un suivi régulier et rapproché qu’elle accepte, contente d’avoir pu ainsi parler d’elle.