3.2. La trame des évènements

3.2.1. Au XIe s., des débuts difficiles

Pour l’abbaye comme pour Tournus, le nouveau millénaire débute pourtant sous un jour sombre.

En 1007 ou 1008, sous l’abbatiat de Wago, le monastère est la proie d’un incendie. Quelle que soit la part de l’exagération littéraire dans le récit qu’en fait le moine Falcon à la fin du XIe s., le sinistre, parti du sanctuaire, semble avoir fait des dégâts considérables149. Quelques années plus tard, c’est toute la ville qui subit de plein fouet la grande famine de 1031 - 1033 : dans un récit célèbre, le chroniqueur Raoul Glaber cite Tournus en exemple de ce cataclysme, pour rapporter qu’un individu s’est permis de vendre de la viande humaine sur le marché150.

Néanmoins, entre ces deux évènements, la dédicace solennelle de l’église abbatiale en 1019 (également relatée par Falcon151) laisse espérer des moments plus propices : à cette date au moins, le monastère semble en mesure de se relever.

Notes
149.

FALCON, chap. 45-46 (JUENIN, Preuves , p. 26 - ou POUPARDIN 1905, p. 101-102) : « Anno autem regiminis sui decimo octavo, in festo beati Vitalis, dum totum monasterium festive utpote pro solempni patroni nostri gaudio foret ornatum, per famulorum incuriam igne consuptum est cum omnibus officinis : tamque valida flatu ventorum exstitit ignis vastatio, ut pene omnis supellex monasterii consumeretur, preter Sanctorum memorias, et partem ornamentorum ad cultum Dei pertinentium ; quod latebre criptarum ejusdem monasterii vix celare potuerunt [...] Consumpta igitur, ut dictum est, prememorato in incendio nostrarum non minima parte rerum, in quo etiam Odo atque Morinus, duo videlicet pueri vicissim sese cohortantes ut a sanctuario non egrederentur, ne tante superstites essent calamitati, perisse docentur... » (« Dans la dix-huitième année de son règne, lors de la fête de saint Vital, alors que tout le monastère était paré magnifiquement comme il se doit en l’honneur de nos patrons consacrés, par la négligence des serviteurs, il fut consumé par le feu, avec toutes ses dépendances. Renforcé par le souffle des vents, le ravage du feu fut si important, que presque tout le mobilier du monastère fut détruit, à l’exception des reliques des saints et d’une partie des ornements destinés au culte divin, qu’on put, non sans peine, mettre à l’abri dans les galeries [« cryptes » ?] de ce même monastère [... - suit la liste des objets et archives qui ont péri dans l’incendie]. Une part de nos affaires, et non la moindre, ayant donc été consummée, comme il a été dit, dans l’incendie mentionné plus haut, c’est encore dans celui-ci qu’Odon et Morin, deux enfants, s’exhortant eux-mêmes à ne pas sortir du sanctuaire, ni à survivre à une telle calamité, apprirent la mort »).

Sur l’interprétation à avoir des « cryptarum monasterii  », plutôt comme lieux voûtés au sens large, que strictement “ cryptes ” au sens actuel, cf. HENRIET 1990, p. 238.

150.

RAOUL GLABER - Histoires , livre IV, chap. LV, 10 : cité par JUENIN, Preuves , p. 121 - 123.

Falcon mentionne également cette famine dans sa chronique de l’abbaye : « post cujus ordinacionem tercio, quarto, et quinto anno, fames totum pene vastavuit orbem » (« dans la troisième, la quatrième, et la cinquième année après son ordination [de l’abbé Ardain, 1028 - 1056], la faim ravagea presque le monde entier »). FALCON, chap. 47 : in JUENIN, Preuves , p. 27 - ou POUPARDIN 1905, p. 103.

151.

FALCON, chap. 46 : in JUENIN, Preuves , p. 27 - ou POUPARDIN 1905, p. 103.