3.2.4. Heurs et malheurs des XIIIe - XIVe s.

Au final, l’abbaye semble assez bien se remettre, et la première moitié du XIIIe s. paraît avoir été plus souriante. Au moins le « Mémorial » écrit par l’abbé Bérard (1223 - 1245) traduit-il un certain dynamisme dans tous les domaines - même si les guerres féodales ne se sont pas calmées alentour. En 1239, des travaux de reconstruction sont entrepris au cloître après un incendie. Est-ce le même sinistre qui justifie en 1245 et 1246 les appels du pape et de l’abbé de Cîteaux, accompagnés d’émissions d’indulgences pour la reconstruction du monastère158 ?

Pour le XIIIe siècle dans son ensemble, mais particulièrement dans sa seconde moitié, la documentation écrite est marquée par de nombreux hommages, reconnaissances ou prises de fief, qui confirment la pleine inscription de Tournus dans le réseau local des seigneuries et principautés159. Mais les années 1250 / 1300 voient aussi ressurgir les tensions entre l’abbaye et les habitants de Tournus (émeute en 1256, procès en 1291) ; l’agitation reprend dans la seconde moitié du XIVe s., à la faveur de la guerre de Cent Ans (cf. infra, troisième partie : la ville en formation...).

Enfin, la période qui va du milieu du XIIIe s. au milieu du XIVe s., à en croire la documentation médiévale, ne se caractérise pas par une grande activité édiliaire : les textes sont muets sur d’éventuels travaux dans l’enceinte du monastère. Pourtant, les abbés semblent déployer une certaine énergie, tant dans l’administration de leur communauté, que dans leurs relations avec le monde extérieur, alors que le roi et le pape interviennent de plus en plus souvent dans les affaires Tournusiennes.

Le XIVe s. avançant, on pourrait croire que Tournus est resté un moment à l’écart des grands malheurs de l’époque. Au milieu du siècle, aucune mention n’est faite de la fameuse peste noire, qui non loin de là, emporte dans l’été 1348 le tiers de la population du village de Givry, en Chalonnais. On n’en sait pas davantage sur la peste de 1360 - 1361, qui coûte la vie au dernier duc de Bourgogne capétien.

Pourtant, c’est dans ces mêmes années que Tournus perçoit les premiers échos de la guerre de Cent Ans : autour de 1360, des bandes de routiers qui saccagent tout le pays, les « Compagnies » ou « Tards-venus », menacent la ville. Ils s’en éloignent finalement sans avoir pu s’en emparer : il faut attendre 1422 pour que Tournus soit frappé de plein fouet, avec sa mise à sac par les Armagnacs - qui toutefois n’entrent pas dans l’abbaye160. Mais l’alerte aura été chaude, et une atmosphère d’inquiétude et de tensions se sera abattue à la fin du XIVe s., sur la ville et le monastère.

Notes
158.

Extrait du Mémorial de Bérard : JUENIN, Preuves , p. 187 à 189.

Brefs du pape et mandement de l’abbé de Cîteaux en faveur de l’abbaye de Tournus (A.D.S.L., H 178) : JUENIN, Preuves , p. 201 à 203.

159.

Juénin publie 16 reconnaissances, prises ou concessions de fief et hommages pour la période 1252 - 1303: JUENIN, Preuves , p. 210 à 233. Cf. aussi A.D.S.L., H 179 (fois et hommages, 1251 - 1292), et en partie, H 180 (entre autres, fois et hommages, 1299 - 1349).

160.

Sur la menace des « Compagnies » vers 1360, cf. JUENIN, I, p. 187, qui s’appuie sur « une enquête faite en 1380 au sujet de la garde de l’abbaye ». Sur la prise de Tournus par les Armagnacs, cf. JUENIN, I, p. 210 - 212, et Preuves , p. 267 - 268.