3.1. Les limites de Tournus : la question d’une enceinte propre

3.1.1. Avant le XIVe s. : une question ambigüe

L’extension de l’agglomération est clairement limité dans trois directions: à l’ouest, par la Saône ; au nord, par l’abbaye, prolongée au-delà par ses seuls jardins on l’a vu (supra, seconde partie : Le site abbatial...) ; au sud enfin, par l’emplacement du vieux castrum - que nous avons précisément repéré au commencement de cette enquête (supra, première partie : prémices...). Ces deux ensembles doivent être fortifiés : nous l’avons vérifié pour l’abbaye, et l’appellation même de « Châtel » au XIIIe s.860 suggère que le vieux quartier romain l’est resté, au moins en partie. La « porte du Châtel » n’est certes signalée qu’à la fin du XIVe s., mais son origine est assurément ancienne861.

En revanche, l’extension vers l’ouest est incertaine. L’espace est-il clos de ce côté ? Des murs sont bien cités en 1202 dans la charte d’abrogation de la main-morte : à cette date, on décide de mesurer les maisons et espaces libres compris « entre les deux murs » (« infra ambitum murorum »). Pour F. Aumonier-Bracconi, l’expression désigne les murailles qui enfermeraient déjà la ville862. Pourtant, on peut très bien imaginer que ces « deux murs » désignent, sans qu’il y ait jonction entre les deux ensembes, l’enceinte de l’abbaye et celle du « Châtel ».

Au demeurant, le problème n’est pas si simple : le fait d’ériger une fortification est un privilège régalien - et à la fin du IXe s., l’abbé Blitgaire devait demander la permission au roi Eudes pour simplement réparer le vieux « castellum » (cf. supra, première partie : prémices... C. Tournus de 875 à la fin du Xe s.). Par la suite, avec l’éclatement des pouvoirs et l’apparition de nombreuses seigneuries châtelaines, ce principe est peu à peu tombé en désuétude. En fait, les moines considèrent que par le biais de l’immunité, ils détiennent cette prérogative, et que c’est d’eux que dépend l’autorisation de construire ou de démolir des remparts. Ils se font fort de le proclamer à plusieurs reprises à partir de 1360, au cours de conflits qui les opposent aux habitants, accusés de prendre des initiatives trop libres en ce domaine863. Or rien ne nous assure que l’abbaye déjà fortifiée, ait envisagé très tôt l’intérêt d’un rempart propre au bourg, doté avec le « Châtel », d’une forteresse pouvant servir de refuge. Si l’emploi même du mot « burgus » suggère un espace clairement délimité, il ne signifie pas nécessairement l’existence d’une muraille d’enceinte864. En fait, les textes ne nous fournissent aucun indice en ce sens avant le XIVe.

Notes
860.

« 1215. Traité par Arbitres entre le Celerier de l’Abbaye et le Chapelain de S. André de Tournus » : JUENIN, Preuves , p. 184.

861.

Cf. BERNARD 1911, p. 105-107.

862.

BRACCONI 1977, p. 68.

863.

Cf. Bracconi 1977, p. 69-75.

864.

Cf. le cas de Cluny à la même époque : MEHU 2001, p. 203 - 206.