1. Classification des Nouveaux Mouvements Religieux, place du New Age

Avec la prolifération d’études sur les Nouveaux Mouvements Religieux, apparaît un grand nombre de travaux théoriques et interprétatifs, qui proposent des systèmes de classification. On peut regrouper ces systèmes selon quatre types : (1) les classifications thématiques ; (2) selon le mode d’intégration au mouvement ; (3) selon les relations au sein des mouvements ; (4) selon les relations du mouvement au monde.

(1) Les classifications thématiques :

Dans ce premier type de classification, la plus claire et la plus simple semble être celle de M. C. Ernst, qui distingue trois orientations principales :

  • – le Mouvement de Jésus, qui s’inspire du christianisme ;
  • – les mouvements d’origine asiatique, qui s’inspirent des religions orientales ;
  • – le Mouvement du Potentiel Humain, qui se concentre sur l’aspect thérapeutique, et qui est l’héritier de la psychologie humaniste. 301

A ces trois catégories, il est possible d’ajouter les groupes néo-païens : tous ceux qui mettent l’accent sur le rapport à la nature et un retour à des valeurs féminines (les deux vont presque toujours de pair) (Fireweed Eagle Clan), et les groupes inspirés de la science-fiction. L’inconvénient de cette classification, est que, si la plupart des groupes s’organisent autour d’une thématique principale et que les autres orientations sont secondaires, certains groupes puisent de manière équivalente dans plusieurs thématiques et sont difficiles à classer.

(2) Les classifications selon le mode d’intégration au mouvement :

Comme le propose D. Hervieu-Léger, qui effectue une distinction entre « mouvements conversionnistes » et ce qu’elle appelle « mouvements de rationalisation spirituelle » :

‘ La distinction entre « mouvements conversionnistes », qui provoquent les individus à une expérience émotionnelle induisant un changement de vie immédiat, et « mouvements de rationalisation spirituelle », qui leur proposent des voies systématisées d’accès à la maîtrise de soi, au savoir ou à l’illumination, n'est pas, on s’en doute, une frontière bien tranchée permettant de classer à coup sûr chaque groupe ou courant existant dans une case ou dans l’autre. […] Il est cependant intéressant de noter que les groupes relevant au plus près du type conversionniste (comme les groupes de la mouvance pentecôtiste) sont susceptibles de recruter au sein de publics largement diversifiés, socialement, économiquement et culturellement. La modalité courte d’accès à l’accomplissement qu'ils proposent est susceptible d'être reçue par des individus qui, loin de baigner dans cette « culture du soi » qui caractérise les couches sociales participant le plus directement au déploiement de l’individualisme expressif, cherchent et trouvent sous cette forme une solution instantanée aux frustrations de tous ordres qu'ils subissent dans leur vie quotidienne. 302

Cette classification est intéressante parce qu’elle prend en compte l’aspect psychologique et la place de la spiritualité dans la vie des adeptes. Cependant, la distinction entre processus « long » et « court » n’est pas vraiment opératoire dans le cadre du New Age. En effet, même si l’expérience émotionnelle est utilisée comme déclencheur, elle est suivie non pas d’un « changement de vie », mais d’un chemin de « rationalisation spirituelle ». Lorsque D. Hervieu-Léger parle de « voies systématisées d’accès à la maîtrise de soi, au savoir, ou à l’illumination », on ne peut s’empêcher de penser aux traditions initiatiques ; or le New Age opère selon un mode très différent. L’apprentissage n’est pas systématisé. Le public disponible au New Age (parmi les New Agers issus des classes sociales privilégiées), du fait qu’il baigne déjà dans cette « culture du soi », peut justement se permettre un mode éclectique, décousu. C’est l’environnement culturel dans son ensemble qui constitue une toile de fond, sur le thème de l’épanouissement personnel, et sur laquelle les éléments épars proposés par la spiritualité alternative viennent s’inscrire. La « rationalisation spirituelle » serait plus caractéristique de mouvements comme est*, qui fonctionnent par séminaires. Mais dans la période contemporaine, ces séminaires seront vraisemblablement espacés dans le temps, et entrecoupés de lectures, de stages, d’expériences partant dans des directions tout à fait différentes. On est donc loin du mode de l’initiation.

(3) Les classifications selon les relations au sein du mouvement :

Le troisième type de classification, qui s’intéresse aux relations à l’intérieur du mouvement, est proposé par F. Bird. Il suggère trois types de mouvements, avec trois types de participants :

  • – les dévots d’une divinité ou d’une vérité divine (ISKCON),
  • – les disciples d’une discipline révérée ou sacrée (Yoga ou Zen),
  • – les apprentis qui doivent apprendre à pénétrer les mystères d’un pouvoir intérieur sacré (Méditation Transcendantale*). 303

Seul le premier type de mouvement fait appel à une transcendance absolue, car elle est externe au participant. Dans les deux types suivants, la transcendance est recherchée de manière plus pragmatique par l’application d’une discipline ou la mobilisation de ressources intérieures. Si le New Age relève plus du mode du « disciple » ou de l’ « apprenti », c’est qu’il y a dans le mouvement une vision des choses fonctionnelle et pragmatique et une quête de l’efficacité (qui implique une tendance à l’instrumentalisation) 304 .

(4) Les classifications selon la relation des mouvements au monde :

Cette classification a été élaborée par R. Wallis. Elle comporte aussi trois catégories :

  • – Affirmation du monde (il s’agit d’optimiser sa relation à un univers dont le potentiel est illimité, c’est le cas du Chopra Center, et de mouvements comme est*),
  • – Rejet du monde (groupes ascétiques dont la stratégie consiste à critiquer la société et à s’en isoler, c’est l’exemple de l’ISKCON),
  • – Accommodation au monde (la société est perçue comme imparfaite, mais l’action porte sur le monde intérieur, avec la quête d’une expérience spirituelle plus intense, c’est le cas du Subud* ou du Fireweed Eagle Clan*). 305

Le New Age est plus proche de l’affirmation du monde dans ses pratiques (il s’agit de développer le potentiel caché des individus), mais sur le plan conceptuel le mythe fondateur du New Age s’apparente à une position dialectique d’accommodation à un monde imparfait, qui se traduit concrètement par une volonté de transformation du monde.

Notes
301.

M. C. Ernst, Le mouvement religieux contreculturel, p. 38.

302.

D. Hervieu-Léger, La Religion en miettes, p. 95.

303.

F. Bird, “The pursuit of Innocence: New Religious Movements and Moral Accountability,” Sociological Analysis, 1979, p. 336.

304.

Cf. infra, Chapitre VII. C. 1.

305.

R. Wallis, The Elementary Forms of the New Religious Life, 1984, p. 6.