a) Le consentement individuel

Vers la fin des années quatre-vingts, c'est l'ensemble du schéma d'évaluation fondé sur les méthodes de capital humain qui est revu. Le choix des méthodes du consentement à payer ou à accepter est justifié par leur meilleure adéquation aux analyses coûts/avantages. Mais, derrière ce prétexte, ces méthodes cautionnaient une volonté politique d'augmenter les valeurs.

Dans la méthode du consentement individuel, la valeur de la vie humaine est établie sur les préférences déclarées des individus à partir d'enquêtes portant sur des échantillons représentatifs de la population. La méthode se fonde sur un questionnaire qui essaie de cerner les sommes d'argent que les individus consentiraient à verser pour obtenir une réduction de risque. Ainsi un risque et des sommes d'argent sont mis en balance, d'où l'induction de valeurs de la vie humaine. Les personnes ne sont pas interrogées sur leurs préférences à payer pour l'évitement de leur mort, mais pour un changement de risque général. En effet pour l'opinion publique, la valeur de la vie humaine varie de façon considérable selon l'identité de la personne et les conditions dans lesquelles sa vie est en jeu. Dans cette méthode, afin d'éviter d'avoir des valeurs extrêmement élevées, le questionnement est fondé sur l'anonymat des personnes décédées.

Pour calculer la valeur de la vie humaine, il est demandé aux enquêtés quelle somme d’argent ils seraient prêts à payer pour voir diminuer le risque de se faire tuer sur les routes (Le Net, 1994b). Par exemple, « une mesure est capable de réduire le risque d'accident mortel sur la route de 4 cas pour 10 000 à 3 cas pour 10 000. Quelle somme d'argent seriez-vous prêt à donner, en plus de toutes taxes ou impôts, pour que le risque d'être tué sur les routes diminue de 1 pour 10 000 ? »

On peut résumer son mode de calcul de manière suivante :

Valeur implicite de la vie humaine = Disposition à payer / Changement de risque observé

Imaginons que les individus soient prêts à payer pour cette réduction de risque de 1 cas pour 10 000, un montant de 100 euros chacun. Pour trouver la valeur de la vie humaine, nous divisons la valeur de la préférence individuelle à payer pour une réduction du risque général par le changement de risque observé. Soit : V = 100/ 0.0001 (réduction du risque) = 1 000 000 €

Avec cette méthode, la vie est valorisée de façon globale sans distinguer les coûts directs, la perte de production et les souffrances.

La méthode du consentement à payer se fonde sur un questionnaire individuel portant sur un échantillon représentatif de la population. Toutefois, en dépit d'un traitement statistique de vérification de la cohérence des réponses, ce mode de détermination des valeurs est critiqué pour plusieurs raisons. Outre les biais inhérents à ce type d’évaluation par questionnaire (Le Net, 1994b), il y a également d’autres limites :

  • la méthode permet d’estimer la valeur de la vie humaine ex-ante, or une évaluation ex-ante n’est valable que lorsqu’elle reflète la situation ex-post, ce qui n’est jamais le cas dans la méthode du consentement à payer parce que ex-post, l’identité de la ou des personnes décédées est connue et que les individus auraient été prêts à verser un montant qui aurait sûrement été plus élevé que la somme établie ex-ante.
  • l’expérience personnelle (par exemple avoir eu ou pas un accident) influe sur les réponses données par les individus (coefficient amplificateur de 1 à 10, (CEMT, 2001)).
  • le revenu et l’âge ont également une incidence sur le consentement à payer. Par exemple, c’est à 40 ans que l’on attribue le plus de valeur à sauver une vie humaine (Le Net, 1994b). Pour le revenu, il y a une élasticité du consentement à payer au revenu proche de 0,3 (CEMT, 2001). Ces influences peuvent être cependant rectifiées en partie.

Quoi qu’il en soit, cette méthode reste celle qui permet au mieux d’approcher la valeur de la vie humaine. Dans le même principe, l’État ou la collectivité dans son ensemble, consentent à payer pour épargner des vies.