1.2.4.1. Mimétisme, Apprentissage par observation et Imitation

Le mimétisme se rencontre aussi bien dans le monde végétal que le monde animal ; il concerne de la même façon le genre humain. « Il s’agit sans doute d’un puissant moyen de sélection et d’adaptation que l’on rencontre dans toute la chaîne du vivant. » (Baudonnière, 1997, p. 13). Il se caractérise par une tendance innée à copier des formes, des postures ou des actes simples sans véritable intentionnalité consciente, suivre en quelque sorte un « programme » préétabli propre à l’espèce. Chez l’homme, remarque Pierre-Marie Baudonnière, le mimétisme est particulièrement ancré dans les phénomènes de foule et on peut le rencontrer fréquemment dans les jeux de stade, les concerts de rock, les meeting politiques ou d’autres manifestations de masse. Sa présence dans certains rituels peut, de ce fait, être considérée comme à prendre en compte. Les cours de récréation constituent également un terrain de prédilection pour qui veut en faire l’observation systématique. Mais, de par le caractère que l’on pourrait qualifier d’instinctif et d’irréfléchi de son apparition spontanée, ce mimétisme ne peut être assimilé à un quelconque vecteur d’apprentissage. En revanche, son proche parent, le mimétisme « intelligent », par opposition au mimétisme « instinctif », ou « facilitation sociale », dont nous parlions jusqu’alors, semble « requérir une intention consciente pour bénéficier de l’exemple d’un autre individu, spécialement mis en évidence dans une situation nouvelle ou par un comportement atypique. » (Baudonnière, p. 18). On peut parler alors, plus que de mimétisme proprement dit, d’« apprentissage par observation ». Ce n’est pas encore l’imitation que nous évoquions avec Henri Wallon et Fayda Winnykamen ; il y manque quelque chose d’essentiel : « Dans l’apprentissage par observation, la personne de l’autre importe peu. Seuls ses comportements sont intéressants indépendamment des intentions de celui qui les produit. » (Baudonnière, p. 81). On peut reproduire indifféremment des comportements humains ou animaux. Nous sommes en présence, comme le dit encore Pierre-Marie Baudonnière, d’un apprentissage sans pédagogie. Si beaucoup d’arts martiaux sino-japonais, sur le modèle du Kung Fu, revendique très exactement ce type de démarche dans la genèse de leur art (boxe du tigre, de la grue, du singe, de l’homme ivre, etc.), l’aikidô se démarque de ce principe en y substituant une appropriation des lois de la nature plus abstraite, bien que née également à l’origine de l’observation, du mouvement de l’eau et du vent ou de l’impact du cycle des saisons sur la végétation arborée, par exemple. Cela n’est pas sans effet, d’un point de vue pratique, sur le choix du registre et la teneur qualitative des facultés imitatives qui vont être sollicitées chez le pratiquant d’aikidô. C’est ce que l’enseignant va chercher à transmettre en tant que message complexe, codé par transformation symbolique, qui va faire l’objet ciblé d’une véritable imitation et, par conséquent, la rendre possible dans toute sa spécificité. «  Avec le mimétisme, on restait dans la sphère des réactions grégaires n’impliquant pas de conscience de soi, mais seulement un certain degré de reconnaissance du fait que les attributs de l’autre sont voisins des siens. Avec l’apprentissage par observation, une certaine identification de la similitude des moyens se fait jour, mais sans véritable attribution d’intentionnalité à autrui. Ce n’est qu’avec l’imitation que cette double forme d’intentionnalité va apparaître. Elle est spécifique de l’espèce humaine, responsable de l’apparition du langage, de la pensée symbolique, d’une forme élaborée de conscience de soi et de conscience d’autrui. Elle est la base de la « culture ». (Baudonnière, p. 82). Nous ajouterons, en référence à notre contexte, que l’imitation est constitutive et générative de l’émergence de la relation Maître / élève dans le cadre d’une transmission d’objets culturels prenant la forme de rites ou de techniques ritualisées possédant les différentes fonctions que nous avons explorées, auxquelles vont s’adjoindre encore les caractéristiques modales qui permettent l’accès au développement individuel continu et à l’aptitude au changement que celui-ci réclame. Car l’imitation représente également la clef de voûte d’un système dont la richesse a été démontrée par Lev Vygotski et ses continuateurs : la zone de proche développement.