S’exercer

Nous travaillons sur un corpus restreint, puisque dans l’ensemble du corpus CEV nous avons relevé 12 signatures dans des contextes « non officiels », apposées par 9 scripteurs. La notion de contexte « non officiel » désigne ici simplement le fait que ces écrits sont dépourvus de valeur juridique.

Notons d’emblée que cette pratique de la signature rejoint des formes plus fréquentes d’apposition du nom propre (notamment sur les couvertures et pages de garde des cahiers). Si la signature coexiste avec d’autres formes d’inscription du nom propre, un préalable méthodologique s’impose qui propose un critère permettant de distinguer les signatures des autres cas d’écriture du nom propre. En effet, dans ces contextes non officiels, on ne peut repérer la signature à la nature du document, et ce corpus comporte notamment un brouillon signé. Ici c’est un critère visuel qui joue, dans la mesure où les 12 cas retenus sont des écritures du nom propre isolées (le nom n’apparaît pas au sein d’un énoncé) et travaillées graphiquement (il y a un jeu apparent sur la forme) de sorte qu’elles sont immédiatement identifiables comme signatures. Ce corpus comprend des signatures et des « paraphes », terme dont nous retenons l’acception moderne donnée par le Robert « 2. (1611) Signature abrégée (souvent réduite aux initiales) ».

La première hypothèse que l’on peut avancer est celle selon laquelle signer ou parapher des écrits privés est une manière de s’exercer. Cette hypothèse est confortée par la présence de signatures au milieu d’un cahier copié lors d’une formation par Mamoutou Coulibaly. Ce cahier comprend deux pages où des exemples de documents de l’AV sont copiés, et où figure l’indication du lieu de la signature. Le second est titré « Musagawyamariyasεbεn » [musakawyamariyasεbεn], Document d’autorisation de dépenses et dispose la place de trois signatures (trésorier, président, caissier) qui sont « imitées » (on peut penser qu’il s’agit de formes fantaisistes, imaginées soit par le scripteur, soit plus probablement par le formateur qui les a tracées au tableau). Dans ce cas, il ne s’agit pas de s’exercer à sa propre signature, mais de savoir quelles sont les signatures requises pour un document et où elles se placent. Le geste d’« imiter » des signatures tout de même retient l’attention, qui suggère une pratique de copie possible.