IV-La présence d’industries annexes.

‘« Au-delà d’un certain seuil d’industrialisation[…], ce qui décide ce ne sont pas les ressources en charbon ni les réserves de main d’œuvre, mais les services annexes que l’industrialisation nécessite » 3209 .’

Comme dans la plupart des centres textiles européens, on assiste à l’émergence et à l’épanouissement d’une industrie mécanique, chargée d’équiper au mieux les ateliers et usines locales en métiers à tisser, ourdissoirs… Cependant, contrairement à eux, la construction mécanique ne parvient pas à se développer aussi largement en Bas-Dauphiné 3210 . Mais cela suffit aux industriels locaux. Contrairement à Elbeuf, les propriétaires de tissages mécaniques du Bas-Dauphiné se fournissent majoritairement chez des mécaniciens locaux, sans recourir à des constructeurs étrangers 3211 . D’ailleurs la Société Alsacienne de Construction Mécanique ou le Suisse Honegger pénètrent tardivement dans les tissages de soie du Sud-est. Il semble que l’industrie mécanique locale a su se développer sans influence étrangère, grâce à l’étroite collaboration entre les tisseurs et les mécaniciens 3212 . De nombreux façonniers, comme Joseph I Guinet, Théophile I Diederichs ou Antoine Genin , sont d’ailleurs des mécaniciens de formation.

Les tissages de soieries forment donc « la partie visible d’un tissu industriel relativement dense » 3213 . La présence de mécaniciens compétents et ingénieux soutient l’effort de modernisation et d’adaptation engagé par les industriels 3214 . La mécanisation de l’industrie textile stimule l’activité des constructeurs mécaniciens et des artisans locaux.

Notes
3209.

LEVY-LEBOYER (M.), 1964, p. 36.

3210.

DITT (K.), LONGONI (G. M.) et SCHOLLIERS (P.), 1997. Ainsi, à Bielefeld, à la veille de la Grande Guerre, la construction mécanique occupe la moitié de la population active industrielle de la ville, soit douze mille personnes. En revanche, à Gand, à la fin du XIXe siècle, elle ne rassemble que 5% de la population active industrielle, soit environ mille six cents individus, contre 51% pour les industries cotonnière et linière.

3211.

DAUMAS (J.-C.), 1998, pp. 213-214.

3212.

Contrairement à Elbeuf, l’Alsace ou la Norvège. Voir SCHMITT (J.-M.), 1986, BRULAND (K.), 1989, citée par DAUMAS (J.-C.), 1998, p. 214.

3213.

Expression empruntée à l’industrie sucrière dans MONTEL (N.), 2001.

3214.

Comme par exemple pour la bonneterie troyenne. Voir DOREL-FERRE (G.), 2005, p. 40.