2. Échelle départementale : les 23 arrondissements centraux de Tôkyô

À plus grande échelle géographique, ce sont d’autres logiques qui organisent le centre de la mégapole, où le transport ferroviaire n’est plus aussi structurant qu’il ne l’est à l’échelle de la région urbaine. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne joue aucun rôle puisqu’il reste le moyen de déplacements journaliers. Par ailleurs la Yamanote joue le rôle de périphérique ferroviaire des quartiers centraux de Tôkyô.

Au niveau des prix résidentiels, on retrouve la dichotomie traditionnelle entre Ville basse et Ville haute héritée de la période Edo et des jôkamachi. Elle a cependant subi des modifications dans son contour : les quartiers de la ville basse traditionnelle à proximité du château ont été intégrés à la ville haute.

Le mouvement était déjà en cours sous Edo avec l’implantation de demeures aristocratiques (Masai, 1987) et le déplacement de certains quartiers vers la périphérie nord, comme le quartier de la prostitution, Yoshiwara 吉原. Après la restauration Meiji (Meiji ishin明治維新, 1868), une partie du château 31 est vendue au groupe Mitsubishi qui y construit un quartier d’affaire, Marunouchi. Plus au sud, les quartiers de Ginza-Nihonbashi sont remembrés et reconstruits sur le modèle occidental : avenues, trottoirs, architecture en briques. Entre les deux, la gare centrale de Tôkyô.

Ces aménagements du centre de Tôkyô n’ont pas pu être réalisés dans toute l’ampleur que les planificateurs avaient prévue (Fujimori, 1990), mais ils ont transformé ces quartiers proches du château en ville commerçante où s’implante le CBD historique autour de la gare de Tôkyô. La ville basse, convertie à l’industrialisation en quartiers ouvriers, se déplace à l’est sur les arrondissements actuels de Kôtô et Edogawa, mais aussi au nord de la ville, en direction de l’actuel département de Saitama.

Cette histoire se retrouve dans les cartes des prix fonciers des 23 arrondissements de Tôkyô (fig.22).

On observe une nette distinction au niveau des prix résidentiels entre l’est et l’ouest de la Sumida et entre le nord et le sud de la capitale. C’est dans cette dernière direction que les quartiers huppés se sont étendus. Partis de la ville haute traditionnelle (actuels arrondissements de Minato 港, Shibuya, Shinjuku, Meguro 目黒) ils occupent un axe sud sud-ouest, toujours en direction des collines du Musashino, en particulier dans l’actuel arrondissement de Setagaya.

Figure 22 : Prix moyen des terrains résidentiels dans les 23 arrondissements de Tôkyô.
Figure 22 : Prix moyen des terrains résidentiels dans les 23 arrondissements de Tôkyô.

La carte du foncier commercial (fig.23) fait cependant apparaître une autre division socio-spatiale de la capitale.

Ce profil est plus proche de celui vu précédemment à l’échelle régionale. Plus classique, il permet d’identifier les quartiers du CDB et leur hiérarchisation au sein d’un espace en trois-quarts de cercle, orienté sud-ouest, autour du palais impérial. À cette disposition face au pouvoir symbolique de l’empereur, hérité de la géohistoire de la ville, correspond l’effet de seuil de la Sumida et de la Shitamachi. Le CBD de Tôkyô s’étend ainsi prioritairement sur les arrondissements de Chiyoda千代田 et Chûô, avec une diffusion des quartiers d’affaires vers Shinjuku, Shibuya, et vers l’arrondissement de Minato où sont concentrés les ministères et l’appareil politique.

Figure 23 : Prix moyens des terrains commerciaux dans les 23 arrondissements de Tôkyô.
Figure 23 : Prix moyens des terrains commerciaux dans les 23 arrondissements de Tôkyô.

Au sein de cet ensemble : le Toshin都心, l’hyper centre de la capitale japonaise pôle globalisé de la Triade.

Notes
31.

Qui devient un palais après l’installation de l’empereur en 1868 et la destruction de la majeure partie de ses fortifications.