Chapitre 2. Production de paysage : le wôtâfuronto ウォーターフロント

A. La création du waterfront

C’est à partir des années 1970 que les villes nord américaines connaissent un renversement en termes d’image et d’utilisation de leur front d’eau. Un processus qui aboutit, dans la forme et les fonctions, au paradigme du waterfront dont les villes américaines définissent les formes, en particulier à Baltimore et à New York avec l’aménagement du Battery Park (Buttenwieser, 1987). Elles popularisent aussi l’aménagement en partenariats public-privé dont nous avons vu le résultat au Japon et que l’on retrouve en Europe avec l’opération des Docklands de Londres (Michon, 2001).

Le phénomène commence par le déplacement des zones portuaires originelles hors du centre-ville. La révolution conteneur, démarrée dans les années 1960, signe la fin progressive des vraquiers, rendant des quais obsolètes. La croissance continue des gabarits des porte-conteneurs empêche l’utilisation des anciennes infrastructures portuaires, ce qui accélère l’obsolescence des vieux ports de centre-ville, au profit de plateformes construites sur des terre-pleins, plus au large, capables d’accueillir en eau profonde les porte-conteneurs les plus massifs.

Ce divorce entre la ville et ses activités portuaires s’accroît avec la baisse des trafics voyageurs, qui ne fait plus des ports des entrées de ville. À proximité des centres apparaissent des terrains potentiellement valorisables d’un point de vue foncier. Le remplacement des friches portuaires par des terrains commerciaux ou résidentiels.

Typiques des waterfronts 166 d’Amérique du Nord, les fronts d’eau réaménagés sont autant de miroirs grossissant pour l’image de l’agglomération, à même de devenir les vitrines des centres-villes (Hudson, 1996). Ils sont les lieux d’implantations d’activités scientifiques, récréatives, des lieux de chalandises sur le modèle du shopping mall, et hébergent de sièges sociaux d’entreprises et des infrastructures valorisantes pour les villes comme les centres de congrès internationaux (Chaline, 1992).

Yokouchi Norihisa横内紀久, l’un des spécialistes japonais de l’aménagement des fronts de mer est, selon lui, un des premiers à utiliser le terme de waterfront au Japon, transcrit ウォーターフロント dans les années 1970. Il considère que le premier aménagement de type waterfront dans l’archipel est la rénovation du port de Kushiro 釧路 (Hokkaidô) en 1985 (Yokouchi, entretiens 2005).

Notes
166.

Nous conserverons le terme anglais pour qualifier les aménagements des fronts d’eau sur ce modèle bien précis.