2.1.1. La dénomination

D’un point de vue global, l’étude que nous menons porte sur trois codes différents. Seuls deux d’entre eux nous intéressent véritablement. Le terme de code 76 est le terme générique et neutre que nous avons décidé d’adopter tout au long de notre étude pour parler tantôt d’une langue, tantôt d’une variante de langue, le but étant de désigner des systèmes linguistiques qui présentent un minimum de différences, sans forcément indiquer le degré de divergence qui existe entre eux. Il s’agit d’« un système utilisé pour la communication entre deux parties ou plus » (Wardhaugh, 1986 : 99, trad. pers.).

Dans le cas présenté ici, nous pouvons avancer que nous sommes effectivement en présence de trois codes, tout d’abord parce que chacun d’entre eux porte un nom différent de l’autre, ce qui, dans d’autres cas, n’est pas forcément discriminant. La nuance se situe alors à un niveau plus fin : deux d’entre eux (arménien oriental / arménien occidental) ont un nom identique complété d’adjectifs distinctifs, complètement différent du nom du troisième code (français). En nous appuyant uniquement sur la dénomination de ces systèmes, nous constatons qu’il existe deux langues différentes qui sont l’arménien et le français, et deux variétés d’une même langue qui sont l’arménien oriental et l’arménien occidental. Au fil de notre étude, lorsque nous souhaiterons plus précisément désigner un code qui possède certaines spécificités qui le distinguent des autres codes au sein de la variété dont il fait partie, nous parlerons de dialecte 77 . On parle de langue vs de dialecte d’une langue donnée.

S’il peut être partiellement justifié, le fait de se baser sur la dénomination des codes peut s’avérer être un exercice incomplet et trompeur, puisque des considérations autres que linguistiques (politiques, territoriales…) entrent souvent en jeu. Comme Gumperz (1982) l’évoque, au début des années 50, les linguistes anthropologues enquêtent et s’intéressent aux divers usages du langage dans le monde. Ils se rendent compte rapidement que d’une part, ce que l’on a coutume d’appeler « bilinguisme » et « diglossie » sont non pas des phénomènes marginaux, comme on l’a longtemps laissé croire, mais bien la règle, répandue à travers le monde. D’autre part, ils constatent l’importance des facteurs socio-historiques dans la dénomination des codes. Certains codes dont les systèmes sont très proches possèdent deux noms de langues distincts, comme par exemple « l’hindi et l’urdu en Inde, le serbe et le croate en Yougoslavie, le fanti et le twi en Afrique Occidentale, le bokmal et le nynorsk en Norvège, le quechua et l’aimara au Pérou » (Gumperz, 1982 : 19), alors que d’autres codes qui ont des grammaires divergentes sont considérés comme les dialectes d’une même langue, comme « les formes littéraires et vernaculaires de l’arabe utilisé en Irak, au Maroc et en Egypte, ou le gallois au nord et au sud du Pays de Galles, les dialectes locaux du Rajasthan et du Bihar en Inde du Nord ».

Notes
76.

Le terme renvoie ici à un système souple, non rigide (par opposition par exemple au code de la route, système fermé).

77.

Nous y reviendrons par la suite. Voir 2.2.