A) Des héros abandonnés

La télévision américaine est le lieu de la psychologie, contrairement au cinéma américain populaire qui élimine toute cérébralité, et à la France, par exemple, qui conserve une tradition de cinéma intellectuel. Des séries américaines récentes comme My So Called life, narrant les tourments d’une jeune adolescente à la puberté, sont déclinées à la première personne du singulier et concentrées sur un personnage précis, centre autour duquel viennent graviter des univers conflictuels. Ally McBeal et The Sopranos correspondent à ce type de définition, où le monologue intérieur du héros guide le téléspectateur, à partir d’une voix « off » qui ne cesse d’interpeller son interlocuteur sur le ton de la confidence. L’aventure (au sens évasion) a été placée entre parenthèses par les producteurs de fiction, qui ont ensuite transformé les séries « dramatiques » classiques pour y introduire une entrée située dans le cerveau du héros. Ce dernier vit au jour le jour la réalité des obstacles et de la distance qui le séparent de son épanouissement. À partir de là, les personnalités représentées, instables et dépendantes, évoluent dans un ordre « réaliste » qui se dérobe, entre drame et comédie.