Un tel travail comporte une dimension exploratoire qui ne doit pas être oubliée et qui a plusieurs conséquences. Elle suppose notamment une investigation et une réflexion sur les sources et les matériaux d'enquête qui peuvent être utilisés, sur leur pertinence, leur portée et leur caractère opératoire. A cet égard, un des enjeux est de parvenir à articuler les informations sur les acteurs étudiés à des données de marché. Dans cette perspective, le choix a été fait de ne pas employer un corpus unique mais d'articuler plusieurs sources de données, collectées et produites. Si chaque composante ne représente qu'un éclairage partiel, leur articulation permet d'aboutir à une vision plus complète des divers aspects de la question envisagée. Dans une perspective qui emprunte notamment aux travaux de Passeron 39 , il nous semble en effet que la logique de la preuve, qui s'inscrit dans un logos ou dans une métrique donnés (techniques statistiques, modélisation, etc.), n'empêche pas de raisonner sur la combinaison de différentes lignes théoriques afin d'en faire ressortir les convergence et de les restituer dans le langage des sciences sociales. Cela suppose de veiller aux conditions dans lesquelles les résultats peuvent être mis en relation (domaine de validité, représentativité, biais de construction, etc.) pour éviter le risque de "prolifération interprétative" mais permet de ne pas s'en tenir aux oppositions canoniques de la discipline, telle que celle entre le quantitatif et le quantitatif, qui reposent en définitive moins sur des perceptions incompatibles que sur des pratiques et des traditions scientifiques à la cohabitation parfois difficile. La présentation des différents corpus de données ne se fera donc pas dans une partie méthodologique isolée mais sera intégrée au fur et à mesure de l'avancement du texte. Pour en donner une vision générale, on peut dire qu'ils relèvent de trois grands ensembles :
Il ne s'agit ici que d'un aperçu général destiné à clarifier la progression générale. Il faut ajouter à ces ensembles une série de sources secondaires et documentaires dont l'abondance est inévitable pour un travail qui, répétons-le, est par beaucoup d'aspects exploratoire. Dans la mesure du possible, nous sommes revenus aux données disponibles plutôt qu'aux publications (par exemple pour les données de recensement, celles sur le compte du logement, ou encore l'enquête annuelle de l'INSEE sur les entreprises). Il est toutefois impossible de se passer de publications, de notes de conjoncture ou de données d'enquêtes dont la méthodologie et la fiabilité ne sont pas totalement certaines mais qui constituent parfois la seule source d'information sur un sujet donné. Là encore, c'est la convergence entre différents résultats qui permet de les retenir et de considérer qu'elles donnent des ordres de grandeur acceptables.
Jean-Claude Passeron, Le raisonnement sociologique, Paris, Nathan coll. "Essais et Recherche", 1991.