1.2.1.1. Amélioration de l’attractivité des quartiers ségrégués 

La lutte contre la ségrégation sociale au début des années 1980 se résume à la lutte contre la ghettoïsation et la pauvreté dans les quartiers d’habitat dits « difficiles », considérés comme des effets des politiques des « grands ensembles » des années 60-70. L’objectif était de réduire le niveau d’homogénéité sociale de ces quartiers habités par une population majoritairement pauvre et immigrée et d’améliorer leur accès à l’emploi et aux différents services. Différentes mesures ont été testées à l’échelle locale depuis les années 1980 dans les programmes de Développement Social des Quartiers, en associant l’état, les collectivités, les bailleurs sociaux mais aussi les habitants (Donzelot et al. 2003 ; Lelevrier, 2004). Elles consistaient au départ à améliorer la qualité du bâti et des services, diversifier la fonction résidentielle et l’offre de logements avec une limitation de l’arrivée de certaines populations, afin de stopper le processus ségrégatif.

À partir des années 1990, et devant l’échec des politiques de réhabilitation de ces quartiers, d’autres opérations plus radicales ont été entamées à travers les Grands Projets Urbains (devenus Grands projets de Ville en 2000) et les programmes de rénovation urbaine et de renouvellement urbain. Les outils de densification par de nouvelles constructions et de dédensification à travers la démolition de tours et de barres d’immeubles devaient permettre de lisser la valeur foncière entre les quartiers.La loi Borloo vient prolonger les opérations de démolition/reconstruction des logements en renforçant les moyens opérationnels nécessaires pour introduire une diversité de l’habitat et de rente foncière. Mais, face à une crise de logement qui touche particulièrement les grandes villes, l’effort de reconstruction devrait être au moins équivalent à celui des démolitions pour pouvoir relocaliser les ménages pauvres sortants sur l’ensemble de la ville.

En 1997, et à travers le pacte de relance, de nouveaux outils sont mis en place pour lutter contre la ségrégation urbaine non seulement de l’habitat mais aussi de l’emploi. La création des Zones Franches Urbaines devait permettre aux entreprises s’installant dans ces territoires d’être exonérées de taxes, de façon à créer une dynamique de l’activité économique et une multifonctionnalité profitant à cette population défavorisée. La création des Zones Sensibles Urbaines devait permettre, également, une exonération des surloyers des ménages les plus favorisés pour éviter leur départ et attirer d’autres ménages aisés. Les politiques des Réseaux (ou Zones) d’Éducation Prioritaires sont également des mesures de discrimination positive territoriales mais qui visent à lutter contre la reproduction sociale. Ces politiques correspondent au fond au principe de différence rawlsien et reçoivent finalement les mêmes critiques y compris celles de la stigmatisation : « La discrimination positive territoriale traite les symptômes, pas l’origine du mal. Elle remédie à la déqualification des services et à la fuite des emplois. Elle n’en traite pas les causes, c’est-à-dire la concentration de la pauvreté elle-même » (Donzelot et al. 2003, p.129).

La ségrégation est vue comme un processus qui maintient la concentration des populations les plus défavorisées dans certains quartiers de la ville à travers le logement. Ce type de politiques s’attaque au dernier maillon du processus ségrégatif : le quartier ségrégué (Maurin, 2004). La lutte contre la ségrégation a connu, ensuite, un changement d’échelle d’intervention en essayant de s’attaquer aux mécanismes ségrégatifs tout en ciblant les populations modestes. Désormais, c’est l’ensemble de l’agglomération qui est prise en compte.