1.2.2.3. Une relation ambiguë entre densité et ségrégation

La littérature empirique, essentiellement américaine, ne permet pas de trancher par rapport au sens de la relation entre l’étalement urbain, la densité et la ségrégation spatiale, à l’image de la littérature théorique. Certaines études constatent une absence de lien alors que la plupart concluent sur une relation non linéaire.

Même si cela n’était pas l’objectif principal de leur étude, Cutler et al (1999) ne trouvent aucune relation significative en régressant les indices de dissimilarité et d’isolement avec la densité de population transformée sous une forme multiplicative (Log). Bien qu’ils identifient une relation quadratique entre les dimensions de la ségrégation raciale et plusieurs facteurs de l’usage du sol des noirs, hispaniques et asiatiques, Galster et Cutsinguer (2007) montrent que les paramètres de la densité ne sont pas significatifs : « The density/continuity and mixed use land use factors never proved statistically significant predictors » (Galster et Cutsinguer, 2005, p.537).

Par ailleurs, Pendall et Carruthers (2003) concluent à une relation quadratique entre la densité nette d’emplois et de population et les deux indices de dissimilarité et d’isolement des classes de revenus les plus faibles. Yang et Jargowsky (2006) trouvent des résultats similaires entre la densité brute de population et l’indice de ségrégation (NSI). Le paramètre de la densité est de signe positif alors que celui de la densité au carré est négatif, montrant une ségrégation qui augmente en fonction de la densité mais à un taux décroissant. C’est ce que Pendall et Carruthers (2003) qualifient de fishball effect. D’une manière générale, la relation empirique entre la ségrégation et les différentes mesures de l’usage du sol est non linéaire. À l’exception de la densité et de la mixité, Glaster et Cutsinger (2007) montrent une relation de forme U entre les différents facteurs d’usage du sol en 1990 et le changement du niveau de ségrégation entre 1990 et 2000. Ces résultats montrent le défi pour les décideurs politiques visant à réduire la ségrégation spatiale et la répartition des groupes sociaux en influençant l’usage du sol.

En France, il semble acquit que l’étalement urbain est lié à la ségrégation des quartiers défavorisés et certains chercheurs proposent « de refaire la ville sur place, de préserver sa compacité, de renouer avec la mixité sociale qu’elle peut ainsi faire prévaloir contre les deux tendances qui s’entretiennent mutuellement : la désintégration sociale des anciens quartiers ouvriers et l’étalement urbain » (Donzelot et al. 2003, p.138). Cependant, l’analyse empirique de la relation entre l’étalement et la ségrégation est rarement analysée, que ce soit en termes de densité, comme nous allons le voir par la suite, ou de migration résidentielle (Cf. chapitre 5).