1.1.2.1. L’émergence de centres concurrents

Figure 34 : Villes polycentriques de Fujita et Ogawa (1982)*
Figure 34 : Villes polycentriques de Fujita et Ogawa (1982)*

* d’après Fujita et Thisse, 2003

Dans le premier cas, les deux centres d’affaires émergents sont de taille égale, ce qui peut représenter deux villes voisines appartenant à la même aire urbaine. Dans le deuxième cas, la ville d’équilibre contient un centre principal dominant et deux centres secondaires de la même taille. Les zones grises sont occupées par des firmes et les zones blanches par les ménages et les flèches représentent le sens des migrations alternantes des actifs. Le fait que certains travailleurs traversent le centre secondaire pour aller travailler au centre principal illustre la forte attractivité de ce dernier vis-à-vis de l’ensemble de l’agglomération et la limite de celle des centres secondaires sur le seul voisinage. Cela montre également que les firmes du centre secondaire n’ont pas intérêt à s’éloigner du centre principal pour pouvoir bénéficier de ses effets externes. Dans le dernier cas, la configuration d’équilibre est caractérisée par l’apparition de trois centres autonomes de taille presque identique. Chaque centre attire dans les deux sens les actifs en provenance des deux zones résidentielles avoisinantes (Fujita et Thisse, 2003).

Ce type de modèle souligne bien l’importance de la taille de population et les coûts de transport dans l’émergence de configurations polycentriques. On peut également conclure que, d’un point de vue empirique, les migrations alternantes sont un bon indicateur pour identifier les pôles secondaires, analyser leurs niveaux d’attractivité et distinguer les différents types de polycentrisme. Le marché du travail et les interactions entre les pôles sont essentiels dans la définition d’un espace urbain polycentrique sinon il ne serait plus question de ville mais de système de villes ou de système urbain régional (Fujita et al. 1999 ; Abde-Rahman et Anas, 2004). De ce point de vue, la définition des aires urbaines à partir des flux des migrations alternantes est satisfaisante.

Cependant, le modèle de Fujita et Ogawa (1982) n’explique pas la localisation des firmes multi-établissements et l’émergence des pôles spécialisés. Pourtant, les études empiriques montrent que la complémentarité entre le centre et les centres secondaires est la forme dominante du polycentrisme (Anas et al. 1998 ; Gaschet, 2001). À travers une étude sur le marché immobilier des bureaux et de commerce à Los Angeles, Sivitanidou (1996, p.147) montre que l’hypothèse de substituabilité n’est pas vérifiée : « The findings of this study suggest that secondary centers do not fully substitute for the main center and, furthermore, do not fully substitute for each other  ». D’autres modèles d’interaction spatiale expliquent mieux cette tendance à travers la spécialisation fonctionnelle et sectorielle (Ota et Fujita, 1993).