Conclusion

Nous n’avons pas beaucoup parlé du genre en tant que concept ou comme outil de travail. Mais en fait, notre travail n’aurait pas été ce qu’il est sans avoir intégré ce concept à l’histoire vietnamienne. Car notre approche primitive était motivée par un souhait, légitime mais quelque peu “instinctive” d’écrire une partie de l’histoire des femmes vietnamiennes, ce qui nous a été demandé par l’Université ouverte de Hô Chi Minh Ville, où une femme, géographe de formation s’est intéressée aux « conditions féminines », mue par une conscience citoyenne (elle travaillait sur la géographie du développement, sur les problèmes démographiques et fut ainsi confrontée à des réalités alarmantes sur les femmes et les enfants) et aussi, naturellement, une conscience de genre. Comme elle, nous étions désireuse de sortir les femmes vietnamiennes de l’ombre et du silence, par besoin de justice et avec le sentiment qu’il y aurait matière à apprendre. Mais nous avons hésité. Etant historienne et ayant souffert, après une formation de base solide, d’être témoin d’une historiographie officielle qui sacrifie trop les objectifs cognitifs et réflexifs aux impératifs à court terme du présent, nous nous soucions d’abord de bien maîtriser la méthodologie dans un domaine qui ne nous était pas familier : l’histoire des femmes. Ce recul nous a bien servi.

Le travail a donc été entrepris pour un double objectif. Le premier est de répondre aux questions que nous nous sommes posées sur l’émergence de quelque chose de nouveau dans les perceptions et expérimentations de genre au Viêt Nam dans la période retenue, où les contacts 1709 , conflits et expériences partagées franco-vietnamiens commençaient à fructifier dans la constitution d’une élite intellectuelle vietnamienne moderne et moderniste. Le deuxième est d’expérimenter à l’histoire contemporaine vietnamienne l’usage des approches méthodologiques et outils d’analyse d’histoire socioculturelle que l’Occident et plus directement les historien-nes français-ses ont mis à disposition depuis plus de trente ans qu’ils-elles ont rénové la science historique par le biais de l’histoire des femmes et des féminismes.

Comment avons-nous intégré la notion de genre dans l’histoire vietnamienne aux temps modernes ? Et qu’est-ce que cela a apporté de nouveau dans l’analyse et la recherche sur la modernité au Viêt Nam et sur l’histoire vietnamienne ?

Notes
1709.

Nous étions témoin et avons beaucoup appris de voir comment Charles Fourniau, malgré un long passé de dévouement à la cause de l’indépendance du Viêt Nam et un travail d’historien immense et de qualité, avait du mal à faire comprendre et surtout, accepter par un certain public vietnamien le concept qu’il a choisi pour sa thèse d’Etat : « contacts franco-vietnamiens » !