La surface fouillée

La connaissance de l’étendue de la fouille est un critère incontournable pour l’interprétation des modalités de transport et de traitement des carcasses. Par exemple, l’éboulement fréquent des parties situées à l’aplomb des falaises dans le cas d’abris-sous-roche habités peut entraîner la disparition d’aires spécialisées, comme des aires de dépeçage par exemple. Dans ce cas, l’appréhension des procédés de boucherie ainsi que l’analyse de la répartition des parties anatomiques seront faussées. Par ailleurs, l’échantillon étudié doit être suffisamment important pour permettre un travail recevable. Cependant, l’étude des petits sites ne sera pas négligée, sans pour autant apporter la même valeur significative aux résultats.

A la BAUME DES PEYRARDS, les multiples investigations sur le site ont permis de mettre au jour l’ensemble supérieur sur la totalité de la terrasse actuelle. Après avoir pu raccorder dans les zone sud et ouest du gisement les couches de l’ensemble supérieur fouillées par M. Deydier & F. Lazard (Lumley, 1956), H. de Lumley entreprit, lors de sa deuxième campagne de fouille, d’atteindre dans la zone centrale du gisement des couches inférieures encore intactes. Ce grand sondage permit entre autres aux fouilleurs de dégager les couches les plus profondes 13 à 18 de l’ensemble supérieur, et de dévoiler des couches plus anciennes, 19 à 29, appartenant aux ensembles médian et inférieur. Ces dernières n’ont été atteintes que sur quelques mètres carrés de surface. L’absence de toute figure représentant les plans des fouilles successives ne nous permet malheureusement pas d’évaluer précisément leur étendue.

Sous le porche de la grotte SAINT-MARCEL, sur les quatre-vingts mètres carrés actuellement recouverts par la voûte, trente ont été fouillés. Toutefois, en l’absence de raccordements entre les couches fouillées avant et après 1982 (fig. 10), j’ai choisi d’étudier seulement les ossements provenant de la première classification stratigraphique (couches u à c). Ces vestiges sont issus de douze carrés (F2-3, E2-3, D2-5 et C2-5). De plus, faute de localisation stratigraphique précise, l’étude archéozoologique des restes osseux mis au jour lors des dernières campagnes n’aurait en rien enrichi les données actuellement accumulées. Néanmoins, les fouilles entreprises de part et d’autre de cette zone centrale ont permis d’étendre la surface d’habitation à toute la largeur du porche et de mettre en évidence la disparition des vestiges dans la zone située à l’extérieur du surplomb. Dans le rapport de fouille de 1987, R. Gilles interprète cette stérilité par les ravinements dus aux ruissellements qui s'écoulent du plateau, détruisant les couches archéologiques au fur et à mesure du recul du plafond. Selon les rapports de 1986, 1987 et 1988, les déterminations fauniques des assemblages découverts dans les carrés périphériques ne montrent aucune disparité vis-à-vis de celles des niveaux étudiés. Du point de vue archéologique, aucune différence notable n’a été relevée par le fouilleur. La richesse de la faune et de l’outillage suggère toujours de fréquents séjours.

L’ensemble F de PAYRE a été dévoilé sur vingt-cinq mètres carrés dans la partie centrale de la terrasse de Payre II, ce qui représente environ les deux-tiers de cette aire (fig. 16). Seul le niveau Fb, qui correspond à un lentille sédimentologique argileuse de seulement quelques mètres carrés, ne s’étend pas sur la totalité des vingt-cinq mètres carrés.

A l’abri du MARAS, le niveau 1 a été entièrement fouillé sur une trentaine de mètres carrés dans la partie de la terrasse actuellement abritée. Les couches sous-jacentes de l’ensemble supérieur ont été atteintes sur une dizaine de mètres carrés dans les bandes E et F, tandis que celles de l’ensemble inférieur sur seulement quatre mètres carrés en E5-F5 et E6-F6 lors des campagnes de 1958 et de 1963 de J. Combier (1967) et de 1993 et 2006 de M.-H. Moncel (Moncel et al., 1994, Moncel, 1996a, Moncel et al., 2006 ; fig. 28).

Dans la petite grotte de BALAZUC, le niveau 1 « à ours » et les niveaux moustériens 2-3 ont été mis au jour sur neuf mètres carrés. Six seulement ont été traversés pour atteindre les niveaux inférieurs 4-5-6. La surface actuelle de la cavité étant d’environ quarante mètres carrés, ces sondages livrent seulement une petite partie de l’aire d’habitat envisageable.

Les premières fouilles qui permirent de dégager le niveau archéologique à la BAUME FLANDIN se portèrent sur la terrasse (pour vérification), dans la deuxième salle, et surtout dans la première salle qui fut entièrement fouillée (Gagnière et al., 1958). Les carottages de J. Combier mis à part, les investigations de 2005 mirent au jour sur deux mètres carrés de la terrasse un niveau d’occupation humaine (fig. 24).

Aux PECHEURS, je n’ai pu étudier que les ossements issus des sondages de la campagne 2005 (Moncel et al., 2005b). Ces derniers ne concernent que quelques mètres carrés de surface dans les niveaux paléolithiques moyens (fig. 36).

Les nombreuses fouilles effectuées à la grotte du FIGUIER ont malheureusement été trop rapidement et trop largement étendues. À ce propos, J. Combier (1967) remarquait à juste titre :

‘« On peut regretter que les responsables, à cette époque, du Service Régional des Antiquités, qui autorisèrent et suivirent ces fouilles n’aient pas prévu de conserver et de protéger de substantiels témoins dans ce gisement neuf. »’

Le véritable souci au Figuier n’est donc pas l’étendue de la surface fouillée mais la perte d’information due à des fouilles trop tôt menées.

La couche c moustérienne du RANC POINTU n° 2 a été fouillée sur les deux-tiers environ de la surface de la salle, ce qui correspond à quelques quarante mètres carrés (Combier, 1967). La pauvreté de la faune ne tient donc pas dans l’étendue des fouilles mais, comme nous le verrons, dans de mauvaises conditions de conservation.

La BAUME D’OULLENS fut, comme la grotte du Figuier, victime de nombreuses excavations dévastatrices pour le site. Néanmoins, les sondages de J. Combier réalisés de 1954 à 1956 permirent de dégager sur quelques mètres carrés de la salle 1 les niveaux moustériens (fig. 40). Malheureusement, la gélivation ayant intensément dégradé les dépôts archéologiques, la faune est très rare et très fragmentée.