Introduction

0.1. Sujet de thèse

Nous nous proposons d’étudier d’un point de vue longitudinal un sujet bien particulier et encore assez mal connu : l‘acquisition du langage chez les enfants autistes.

Parmi les principaux critères de diagnostic de l’autisme (cf. DSM-IV, 1994), on trouve de graves difficultés d’acquisition du langage qui se traduisent à l’âge adulte par une absence de langage dans environ la moitié des cas (si l’on exclut les sujets Asperger) et par un retard important dans les autres cas. Par ailleurs, une étude récente (Howlin 2003) a montré que le niveau linguistique des adultes atteints d’autisme mais dotés d’un QI normal et qui ont acquis le langage, reste inférieur à celui des sujets normaux. De plus, il est important de remarquer que l’acquisition du langage n’est pas seulement retardée : elle paraît différente sur bien des points de celle des enfants normaux. Ainsi, alors que les enfants normaux acquièrent le langage par immersion, sans qu’il soit besoin d’un apprentissage spécifique, les enfants autistes qui finissent par parler ont besoin d’un apprentissage spécifique et, le plus souvent, d’un soutien orthophonique lourd. Le retard, ou l’absence, d’acquisition du langage constitue un des handicaps les plus importants des enfants autistes, retardant ou interdisant la scolarité primaire.

En dépit de ces spécificités, il faut noter que l’acquisition du langage dans ce type de population n’a jamais fait l’objet d’une étude longitudinale spécifique, que ce soit en France ou dans d’autres pays. Les travaux existants sur le langage et l’autisme se résument à un recueil de corpus, disponible sur le site de CHILDES1, constitués au milieu des années 80 par Tager-Flusberg2 (recueil effectué approximativement sur 24 mois), mais qui restent encore non analysés. Enfin, si la thèse d’Elizabeth Hennon (2002) s’intéresse à l’acquisition chez les enfants autistes, elle n’est cependant pas longitudinale : en effet, les enfants testés l’ont été une seule fois.

L’objectif de notre thèse est de palier ce manque et de donner une vision longitudinale de l’acquisition du langage chez des enfants atteints d’autisme. Il nous semble important aussi d’indiquer en quoi l’acquisition du langage par les enfants autistes se distingue ou se rapproche de celle des enfants normaux et d’affiner ainsi les hypothèses expliquant le retard des enfants autistes. De plus, à partir des conclusions que nous en avons tirées, nous avons essayé de faire des recommandations au sujet de la prise en charge orthophonique des enfants autistes et plus particulièrement de la prise en charges des très jeunes enfants autistes.

Ainsi notre thématique est double : d’une part, recherche fondamentale sur les particularités développementales et lexicales de l’acquisition du langage chez les enfants autistes ; d’autre part, application de cette recherche pour formuler des recommandations sur la prise en charge orthophonique appliquée aux enfants autistes.

Notes
1.

CHILDES = Child Language Exchange System est un projet visant à mettre en ligne en libre accès ( http://childes.psy.cmu.edu ) des corpus transcrits d’enfants, à développement typique (DT) ou non, à différents stades de l’acquisition linguistique et dans différentes langues.

2.

On trouve les corpus transcrits par Tager-Flusberg à l’adresse : http://childes.psy.cmu.edu/data/clinical/Flusberg/ .