1.3.2.1 Brève définition de la cohérence centrale

La théorie d’un déficit de la cohérence centrale suppose un déséquilibre spécifique dans l’intégration des informations à différents niveaux. Chez les enfants à développement typique, le traitement de l’information tend à collecter les diverses informations afin de construire une signification globale dans un contexte particulier : c’est ce que Frith (1989a) appelle la cohérence centrale. Par exemple, on se souvient facilement d’un paysage d’un pays que l’on a visité, mais pas forcément de tous les détails qui le composent. Cette tendance humaine à traiter globalement les informations plutôt que localement se retrouve aussi dans notre difficulté à replacer les détails linguistiques d’une histoire ou d’une conversation. Ainsi, il est plus facile pour un individu de se souvenir d’une information organisée plutôt qu’une multitude d’informations aléatoires. Selon Frith (2003), cette tendance universelle chez l’être humain est présente chez des sujets souffrant de pathologies mentales, mais est absente ou tout du moins déficiente chez les sujets autistes. Les personnes autistes ont une faiblesse en cohérence centrale, c’est-à-dire qu’elles sont en possession d’un ensemble complexe d’informations isolées, mais que le mécanisme sensé les regrouper en une théorie cohérente ne fonctionne pas. Ainsi la mentalisation peut se trouver affaiblie voire inexistante chez les enfants autistes. Si les autistes manquent de cohérence centrale, comme le postule Uta Frith (1989a), comment arrivent-ils à produire une séquence logique avec les images des histoires mécanistes et behavioristes ? Uta Frith (1989a) explique que la compréhension des relations causales simples et les habitudes comportementales ne sont pas prises en charge par la cohérence globale mais par une cohérence à plus petite échelle, une sorte de cohérence locale. Les autistes n’ont pas de cohérence globale, mais une cohérence locale et ces deux cohérences ne sont pas liées entre elles.

Pour Francesca Happé (1999), il s’agit plus d’un style cognitif que d’un réel déficit. Ce qui est intéressant dans cette théorie, c’est qu’elle explique à la fois certains déficits de l’autisme mais aussi certaines capacités spécifiques aux sujets souffrant d’autisme. Par exemple, certaines personnes autistes font preuve d’une mémoire extraordinaire lorsqu’il s’agit de retenir des listes sans liens entre eux. Dans le même ordre d’idées, les personnes autistes sont très performantes pour réaliser des puzzles même lorsque ceux-ci sont présentés à l’envers. Mais cette théorie permet d’expliquer les déficits dont souffrent les personnes autistes dans un domaine qui nous intéresse particulièrement : la communication verbale.