Chapitre 6 (cadre expérimental) : Recherche de paradigmes experimentaux adaptés :
les Pré-expérimentations

Plusieurs types d’expérimentations ont été menées au Laboratoire de Simulation et d’Evaluation de l’Environnement (LSEE). Elles avaient pour objectif de répondre aux interrogations posées par la comparaison entre des films vidéo et des séquences de réalité virtuelle. L’influence de l’environnement sur les performances cognitives des sujets devait être testée. Nous avons donc recherché quels paradigmes expérimentaux pourraient mettre en évidence des critères objectifs de mise en situation des sujets. L’une des plus grandes difficultés de nos travaux réside dans le fait de mesurer le sentiment de Présence et de permettre une confrontation rigoureuse des différents niveaux de simulation de l’environnement.

Pour cela, une tâche de décision lexicale en fonction du lien sémantique ou émotionnel avec l’environnement a été envisagée. On définit le terme de « Décision Lexicale » comme la tâche cognitive dans laquelle un sujet doit décider si un mot (ensemble de syllabes prononçables) existe ou n’existe pas dans sa langue. Des travaux antérieurs (Niedenthal, 1999) ont montré que la rapidité des réponses dans cette tâche, ainsi que le taux de bonnes réponses peuvent être influencés par de multiples facteurs, comme le contexte ou l’état émotionnel du sujet.

Cependant, compte tenu du temps de réalisation des films et des séquences de réalité virtuelle devant servir de « contexte », mais aussi de la difficulté à recruter des participants riverains du site de tournage, le matériel et le protocole qui ont été utilisés pour l’expérimentation principale de nos travaux devaient auparavant être validés par des pré expérimentations avec des participants non riverains.

Le type de protocole que nous comptions utiliser a déjà permis d’obtenir des résultats convaincants (Niedenthal, 1999), mais avec un matériel étalonné et très contrôlé. Lors de ces expérimentations, l’état émotionnel des participants était induit avec un morceau de musique émotionnellement connoté comme triste ou gai ; le morceau de musique faisait alors état de « contexte ». La décision lexicale portait sur des mots “émotionnels forts” très représentatifs (par exemple des mots décrivant une émotion telles que joie, peur ou tristesse). Les résultats obtenus ont montré qu’un contexte émotionnellement congruent avec la représentation émotionnelle du mot cible facilitait la tâche de décision lexicale (temps de réponses et taux de bonne réponse). D'autres études comme celles de Manguno-Mire, Constans & Geer en 2004, Olafson & Ferraro en 2001, ou Ferraro, Ronning, Pekarsi & Risan, 2003, ont montré l'effet de l'état émotionnel des sujets sur une tâche de décision lexicale. Nous nous sommes alors demandée si nous pourrions reproduire ce type de résultats en induisant un état émotionnel avec des images de paysages (pour créer un contexte en remplacement de la musique) et la décision lexicale portant sur des mots liés à l’environnement (comme cible en remplacement des mots émotionnels). Pour cela, plusieurs pré-tests et pré-expérimentations ont été mis en place.