Le postulat selon lequel l’enfance est construite, à l’origine du nouveau courant des childhood studies, est explicitement associé à la démarche historique. Les travaux de Raymond Ariès (1960, 1962 version anglaise) sont cités dans les synthèses anglophones (James & Prout 1997 : 16) comme le point de départ de cette nouvelle considération. Le chercheur français défend que la distinction entre adultes et enfants et les sentiments d’affection, dont ces derniers font l’objet, sont survenus en France avec la transition démographique (baisse de la natalité et de la mortalité infantile). Sa thèse est contestée du côté francophone29 et anglophone30 mais elle initie des travaux qui confirment que la définition de l’enfance (les rôles accordés à cette classe d’âge comme sa distinction d’avec celle des adultes) a varié au cours des époques. Elle permet aux anthropologues d’adopter un nouveau principe épistémologique : il ne s’agit plus de considérer la diversité culturelle de la construction d’enfance, en la figeant ou en la réifiant, mais bien de voir comment cette construction est constamment réinterprétée selon des enjeux sociaux, politiques ou économiques.
Voir notamment le récapitulatif de V. Dasen, D. Lett, M.-F.Moral, C.Rollet (2001/2 : 17) sur le manque de légitimité d’Ariès au sein de la communauté historienne française et la contestation de sa thèse.
Voir la synthèse de Shanahan (2007 : 411) qui mentionnent les réactions critiques de Grant J., 2005, « Children versus childhood : writing children into the historical record, or reflections on Paula Fass », pp. 468-490, in Encyclopedia of children and childhood in History & Society. Hist. Educ. Q., 45 et Pollock L., 1983, Forgotten Children : Parent-Child Relations from 1500-1900. Cambridge : Cambridge University Press.