La prise en charge de l’orphelin et sa définition : une question ancienne

Les travaux portant précisément sur les « OEV » ne considèrent en rien le processus long par lequel ce statut est devenu une priorité internationale. Focalisés sur la période contemporaine et sur ses enjeux épidémiologiques, démographiques et économiques, ils omettent la redondance du sujet « orphelin » dans l’histoire des rencontres internationales.

Helen Meintjes et Sonija Giese décrivent ainsi l’omniprésence de la figure duale enfance en danger/ dangereuse comme stéréotype de « l’orphelin global ». Celle-ci est aussi constante dans les discours actuels portant sur l’enfance et la jeunesse africaines (Honwana & De Boeck (eds.) 2005), perçues comme abandonnées à elles-mêmes. C’est l’enfance pour laquelle la famille, la sphère privée, est considérée comme déficiente -et non seulement décédée- qui interpelle les pouvoirs publics nationaux31 et internationaux (Scheper-Hugues & Sargant 1998 : 1-33, Stephens 1991 : 11). Elle se voit affublée de cette ambiguïté depuis le XVIe siècle en Europe (Julia 1998 : 7-12) et du début du XXe siècle aux années 70’ aux États-Unis (Shanahan 2007 : 409).

Elle s’immisce dans les discours internationaux dès la fin du XIXe siècle. Selon Catherine Rollet, en 1883, lors d’un premier colloque international consacré à la protection de l’enfance, à Paris, l’avocat Maurice Bonjean posait les enjeux de l’intervention publique envers les enfants « orphelins » et « abandonnés »32 en ces termes : « comment aider l’enfant malheureux et abandonné pour qu’il ne devienne pas un vagabond et un malfaiteur ? » (Rollet 2001b : 101). Cette question fut également posée pour les enfants des colonies lors des expositions universelles, à partir de 1931 (McNee 2004). Les stéréotypes de vulnérabilité mobilisés à un niveau international pour décrire l’orphelin et les enjeux de sa prise en charge ne sont donc pas liés au contexte contemporain. Ils étaient déjà mobilisés par les autorités françaises pour justifier leurs interventions sur les territoires annexés.

Commence alors un processus de rencontres de politiques de protection de l’enfance conçue à un niveau global et apposé à différents contextes.

Notes
31.

Ces débats sont omniprésents dans le contexte français actuel. Voir notamment les cahiers de la sécurité, publiés par l’institut national des hautes études en sécurité, qui se veulent une passerelle entre les agents de l’État et les universitaires. Les numéros de juillet-septembre 2007 et d’octobre-décembre 2007 sont consacrés à « la violence juvénile ».

32.

Sur la protection de la santé et de la prise en charge infantile à partir du XVIIe siècle voir Farge (2005), Julia (1998) et Nicolle (2000), Rollet (2001a).