L’histoire du sultanat est riche en rebondissements. Si Tanimoune a fait du Damagaram un royaume indépendant du Bornu, une autre autorité s’est imposée, en 1899, face au Sultan Amadou Kuuren Daaga (Salifou 1971 : 90) : celle des colonisateurs français.
La résistance des Damagaraawa s’est manifestée à plusieurs reprises (Salifou 1971 : 102-114). L’assassinat des officiers Cazemajou et Olive, le 5 mai 1898, en est un exemple encore vivace, ainsi que la bataille de Tirimini, qui marqua la défaite du sultanat.
Zinder est le siège du Territoire militaire du Niger à partir de 1900. Puis lorsque le Niger devient colonie française en 1922, Zinder prend le statut de capitale jusqu’à 1926. Sur l’ensemble du territoire, les chefferies dites « coutumières » furent appuyées, renversées ou remplacées, selon les cas (Olivier de Sardan 1998). Les chercheurs du LASDEL (Laboratoire d’Etudes et de Recherches sur les dynamiques sociales et le développement local) ont rendu compte des changements et des pratiques politiques institués progressivement depuis la période coloniale56. À Zinder, une lignée dissidente, rompant avec la continuité dynastique retracée depuis Maalam, fut installée. Mais le Sultan Amadou Dan Bassa fut finalement déporté en Côte d’Ivoire en 1906 et le sultanat fut aboli jusqu’à 1926 (Danda 2004 : 244). La chefferie, rétablie alors malgré l’installation d’un gouvernorat, de préfectures, et de communes57, représente la véritable autorité aux yeux des habitants de Zinder, malgré qu’elle soit rattachée au ministère de l’intérieur58. Les Zindérois revendiquent leur passé et leur spécificité régionale. Les débats au niveau des partis politiques reprennent d’ailleurs ces revendications (Danda 2004 : 273, 275, 285).
L’occupation coloniale prit la forme, rencontrée ailleurs, d’une conquête du territoire et de ses ressources, notamment humaines (travaux forcés et appropriation des femmes). Conjointement à cet objectif de contrôle se manifesta, comme ailleurs, la politique « civilisatrice » de la France.
Dans cette entreprise, la protection de l’enfance était un dossier politique. Mc Nee (2004) rend compte des discours tenus lors de l’exposition universelle sur les conditions des enfants aux colonies, alors qu’en métropole les débats sur l’enfance à protéger sont de plus en plus récurrents. Les femmes des administrateurs coloniaux créent les associations « berceau africain » et « goutte de lait » afin d’acheminer des habits aux femmes africaines et du matériel de puériculture pour les centres de santé nouvellement mis en place par les colons. Un comité local des Dames de France de la Croix Rouge fut également créé (Salifou 1977: 1022-1028).
Avant d’intervenir, les femmes n’étaient pas admises sur les territoires colonisés59. Des alliances ou des formes de concubinage forcé furent instaurées par les Français, choisissant telle femme rencontrée sur la route en cours de construction ou dans tel village60. De ces situations naquirent des enfants appelés « métis », dits « abandonnés » alors que leur père officiel ou administrateur était démobilisé ou muté dans une autre colonie. Les conditions de vie de ces enfants préoccupèrent les administrateurs coloniaux et furent au cœur de nombreux débats, rendant compte de l’instrumentalisation politique et symbolique dont le statut « d’orphelin » peut faire l’objet.
La partie suivante sera consacrée à la reconstitution de ces débats ainsi qu’à ceux qui accompagnèrent le projet de scolarisation des enfants « pupilles des colonies », suite à la première guerre mondiale.
Ainsi, progressivement, se construisit un système de prise en charge de « l’orphelin » aux définitions et aux acteurs multiples. S’ajoute une autre catégorie considérée progressivement à partir de la période coloniale : celles des « orphelins » des fonctionnaires. Après l’indépendance, deux services sont créés pour verser des « pensions aux survivants » : le service des pensions du Trésor61 et celui de la caisse nationale de sécurité sociale62, pour les travailleurs qui cotisent. Des premières règles de versement de pensions furent ainsi adoptées sous le régime du premier Président, Diori Hamani (de 1960, année de l’indépendance, à 1974, coup d’état du général Seyni Kountché). Les négociations de ces règles, en fonction des autres définitions « de l’orphelin », seront décrites au cours des troisième, quatrième et cinquième parties.
Voir les rapports en ligne sur les pouvoirs locaux, à l’adresse www.lasdel.ne et l’ouvrage à paraître coordonné par Jean-Pierre Olivier de Sardan et Mahaman Tidjani Alou (2009).
Sur la cohabitation des pouvoirs et la négociation des politiques l’État central, dans la région de Zinder, voir Christian Lund (1998, 2007).
La destitution du Sultan Elhadj Aboubacar Sanda, en 2001, qui n’aurait pas été effectuée selon les règles (voir le « rapport d’enquête sur l’affaire dite « Sultan de Zinder », rendu par la Commission des droits de l’homme et des libertés fondamentales, en ligne à l’adresse www.rjdh-niger.org/dossiers/rapport.doc), en est un exemple. À Zinder, la décision prise est contestée et est interprétée en termes de complot. Voir l’article de Ibrahim Manzo, dans le journal local, Damagaram, en ligne http://www.nigerdiaspora.net/journaux/damagaram.pdf
Sur la place des femmes Européennes dans le Congo Belge, voir Lauro (2005 : 140). Sur les débats coloniaux relativement aux relations entre colons Blancs et femmes autochtones, au Congo Belge, voir Lauro (2005 : 109-115). Ces relations étaient perçues comme menaçant un pouvoir colonial et une mission dite alors « civilisatrice », basés sur l’autorité des hommes blancs, différents et inaccessibles.
Les récits recueillis rapportent des histoires de femmes situées entre les victimes de colonisateurs violents, qui imposaient leurs choix, comme le décrit Amadou Hampaté Bâ (1973), et des femmes « courtisanes », sachant tirer profit de la présence des colons. Voir Catherine Coquery-Vidrovitch (1994 : 96) qui décrit les histoires de vie des signares de St Louis.
Fondé par le Décret 61-050 du 27 mars 1961, portant organisation du régime des retraites des fonctionnaires de la république du Niger et l’institution d’un fonds national de retraites, Jo N° 13 du 1er avril 1961, pp.154-170.
Fondée par le décret 65-116 du 18 août 1965.