Yâ tôné mi shi zuciya, « ça lui brûle le cœur »

L’imam explique qu’il est sollicité pour sa maîtrise du pouvoir des versets coraniques, dans un but clairement énoncé : apaiser en faisant oublier. Au décès d’un de ses parents, un enfant pleure. Le prophète Mohamed aurait dit, selon l’Hadith rapportée par Al-Kurtuby :

‘« Quand l'orphelin pleure le Trône du Créateur frémit, alors Allah-Gloire à lui- dit à Ses anges : "Ô Mes anges quel est celui qui a fait pleurer cet orphelin dont j'ai enseveli le père dans la poussière ? Alors les anges répondent : "Ô Allah Tu es l'Omniscient !" Allah leur dit alors : "Je vous prends à témoins, Ô mes anges, que celui qui le consolera et le satisfera je lui donnerai satisfaction le Jour du Jugement Dernier". » ’

Le message de ce hadith a été mentionné par l’ensemble des personnes rencontrées à Zinder, hommes et femmes : il ne faut pas faire verser de larmes à l’orphelin mais au contraire l’apaiser.

Certaines ajoutent que si l’enfant qui pleure est un nourrisson qui vient de perdre sa mère alors celle-ci pourrait le rechercher ou punir sa tutrice (Oyemade 1974 : 369)83. D’autres, sans mobiliser le risque du retour de la défunte précisent qu’un enfant qui pleure se rend malade, notamment parce qu'il ne mange pas.

Pour pallier à ces risques, l’imam, ou un parent éclairé connaissant le Coran, procédera à des écritures coraniques, rubutu, enrobées de fil blanc et intégrées à une cartouche en alliage, accrochée au cou de l'enfant, qu’il soit nourrisson ou plus âgé. D'autres préféreront laver les écritures et donner à boire l'eau encrée à l'orphelin. Certains parents, qui ont eu à fréquenter les centres de santé pour l’enfant en bas-âge, remettent de l'eau minérale à l’imam afin qu’il s’en serve pour laver l'encre.

Ainsi en fut-il pour la petite-fille de L. 84 , veilleur de nuit. Sa famille, composée de deux garçons et d’une fille, tous trois âgés de moins de 10 ans et scolarisés, habitent la parcelle attenante au bâtiment à garder. Sa fille aînée est décédée en accouchant de son premier né. Pour le nourrisson, L. a demandé conseille à son voisin, pédiatre à l’hôpital. Celui-ci lui a indiqué comment délayer du substitut de lait maternel avec de l’eau minérale. Le jeune veuf, boutiquier, s’est alors procuré l’eau et le lait. L. et son gendre ont aussi contacté l’imam du quartier afin d’apaiser les sanglots de l’orphelin. Le religieux a accepté de laver l’encre des écritures coraniques avec l’eau minérale.

La présence d’amulette (lâya) tout comme le recours au marabout sont courants pour tout nouveau né et ne sont en rien l’apanage de celui qui a perdu un parent. Celui qui connait le Coran, appelé malam, est en effet sollicité pour réciter des sourates servant à la bonne croissance, au succès ou au bonheur. La seule particularité est donc bien d’intervenir afin d’apaiser la souffrance de l’endeuillé, en lui permettant d’oublier.

…..

On ne s’étonnera pas, alors, que l’orphelin soit maintenu dans l’ignorance de l’histoire de ses parents, lorsqu’il était trop jeune pour en avoir conscience. Les enfants plus âgés, qui ont connu leurs parents, seront aussi considérés avec compassion. Leur passé ne sera évoqué qu’avec parcimonie. Les surnoms dan lami (littéralement « fils du goût » en français, expression utilisée pour décrire un plat, une fête sans saveur), amala (signifiant « confiance » du fait de la confiance accordée par le défunt) ou encore tallé (pour désigner celui qui n'a jamais tété), aux dires des femmes les plus âgées, étaient couramment attribués à l’enfant dont la mère est décédée suite à l’accouchement85. Aujourd’hui, ils seraient essentiellement utilisés par les grand-mères, en contexte rural, qui expriment alors la souffrance d’avoir perdu leur propre enfant. Les jeunes femmes et les hommes, quant à eux, ont affirmé ne plus mobiliser ces noms, qu’ils ignoreraient. Ils renvoient, sans citer de versets précis, à l’obligation pour le musulman de respecter certaines règles relatives à la dation du nom (ne pas donner l’un des noms de Allah ou de personnages « mécréants » c’est à dire non musulmans,…) comme celle qui consiste à ne pas attribuer un nom pouvant conduire à des railleries ou connoter des idées négatives qui deviendraient omniprésentes rien que par le fait d’appeler l’enfant86. Les changements de pratiques de dénomination, renvoyant aux événements malheureux, politiques ou naturels87, seraient peut-être corollaires à une progression de l’islamisation.

Afin d’assurer le respect du secret sur l’histoire de l’enfant, notamment de ceux yan suntua (« ramassés ») retrouvés dans la rue, certaines femmes tutrices utilisent même le Coran. Celui-ci est utilisé couramment pour contraindre le coupable à se dénoncer lors d’un vol ou d'un « ensorcellement ». Les femmes tutrices l'utilisent, quant à elles, pour menacer celui qui serait tenté de parler à l’enfant de sa trajectoire de vie. Une telle indiscrétion le soumettrait au jugement de Dieu. Il risquerait la lèpre, la mort ou la folie.

De cet ensemble d’éléments, garant de la discrétion sur l’histoire de l’enfant, il apparaît que parler et pleurer ne soulagent pas mais « brûlent le cœur ». L’expression de la peine ou du deuil, au cours des interactions, est socialement contrôlée. La femme qui perd son enfant s’interdit de pleurer devant sa mère88. La veuve (zawàra) qui commence à se plaindre de son état est ralliée par les personnes alentours, pour la rappeler à la pudeur et à l’endurance...

Le récit d’une veuve, recueilli dans la chambre où elle habite avec ses sept enfants, est éclairant pour rendre compte de la rareté des occasions légitimées pour exprimer la souffrance. Elle a accepté notre rencontre, en février 2007, après notre introduction par une voisine.

Après une discussion de deux heures rendant compte des aléas qui ont suivi le décès de son mari, la solidarité des voisins et, au contraire, l’abandon de ses parents, les sollicitations d’hommes à la recherche de veuves aisées à remarier ou les insultes subies par ses enfants, M. essuie quelques larmes. Elle raconte qu’elle n’a jamais l’occasion de parler. Parfois elle aimerait discuter avec son fils aîné qui a 12 ans et qui lui propose souvent son aide pour vendre les beignets mais elle préfère le laisser travailler comme il a plutôt de bonnes notes à l’école. Voilà longtemps qu’elle n’avait pas pleuré, explique-t-elle.

En fait, c’était même un problème à un moment donné. Elle sentait qu’elle avait besoin de pleurer mais elle n’y arrivait plus. Elle s’est alors décidée à aller voir un médecin. Et elle lui a raconté à quel point il est difficile de nourrir les enfants, de payer leurs fournitures scolaires ou leurs habits, que leur maison est trop petite, que sa famille ne l’aide pas, qu’elle est fatiguée de s’occuper des autres, qu’elle n’a personne avec qui parler et qu’elle n’arrive pas à pleurer.

Le médecin lui a répondu qu’il n’y avait pas de docteur pour cela, comme chez les Blancs, et que c’était de cela dont elle avait besoin. Mais il lui donna un conseil. Elle devait tout raconter à son animal domestique. M., un soir, emmena donc sa chèvre paître sur un terrain vague à proximité de son quartier. Et alors que la chèvre broutait les quelques branches d’acacia, dissimulées sous les sacs en plastique noir, la veuve parla à la chèvre, l’accusant d’être elle aussi à sa charge. Les larmes vinrent.

De ce cas, ressort que la parole sur la souffrance et les difficultés quotidiennes a peu sa place, dans le quotidien social. Elle l’a, extraordinairement, auprès du docteur, de la chèvre et de l’étranger.

Des interactions conduisant au sentiment de stigmatisation

Dans ce climat de retenue émotionnelle, celui qui rappelle l’événement douloureux est extrêmement maladroit ou alors mal attentionné. Là, également, les enfants l’apprennent lorsqu’ils sont corrigés après avoir indexé l’enfant orphelin de père, comme nous le racontait une mère de famille en novembre 2006.

« Un soir, mon fils est revenu en pleurs. Le fils du voisin, au cours d’une bagarre, l'avait indexé "Et il est où ton père ? Il ne peut pas venir te défendre !" ». Le frère aîné du défunt est intervenu. Il s’est présenté chez le voisin qui a corrigé son enfant devant lui et l’a obligé à s’excuser auprès de l’orphelin.

Comme nous le verrons, le calvaire des orphelins de mère est mesuré tant aux tâches ménagères qu’aux rappels du décès de la génitrice. Pour les enfants qui ont raconté ce type d’interaction, deux problèmes se posent : le fait de devoir se remémorer un événement malheureux ainsi que la frustration d’être particularisé.

Pour décrire le premier problème, un jeune homme se référait à la chanson de Sani Abusa « yara marâyu » (« Enfants orphelins »)89.

‘« Je songe aux orphelins
Qui n’ont pas de mère
Ensuite qui n’ont pas de père
Que la société comprenne, notre vie dans ce monde
C’est bien Dieu qui nourrit les orphelins
Même si ça ne sied pas à celui qui a ses parents en vie
Dieu le roi les protège »’

Il explique que, lorsqu’on lui rappelle son statut, il pense à cette chanson. Il mesure alors qu'il n'est pas comme les autres, puisque qu’il n’a ni père ni mère pour s’occuper de lui. On voit comment, dans ce contexte de discrétion, une parole instantanée ou figée sur une bande sonore, par exemple, contribue à construire le sentiment d’être « particulier » et non pas seulement « particularisé ».

Cette seconde impression est exacerbée lorsque l’adulte intervient pour interrompre le conflit en argumentant qu’il ne faut pas faire de mal au maraya. Celui ainsi désigné perd sa valeur d’adversaire. La mobilisation du statut « d’orphelin » afin d'éviter les sanctions est d’un autre type. Ici, nous voyons en quoi, rappeler son statut à l’orphelin, est chargé de prescriptions sociales et de conséquences émotionnelles pour celui ainsi désigné.

Les séances de conflits, accompagnées d’insultes, sont également l’occasion de mettre en évidence des liens de proximité et de distinction de différents statuts dont les usages sont au cœur de notre objet. Le statut de maraya (orphelin) va être accolé à celui de shegue ou « bâtard ». Nous reviendrons par la suite sur les modalités d’inclusion ou d’exclusion d’enfants nés hors mariage à la catégorie de marâyu. « L’étiquetage » nous intéresse ici, dans la mesure où il est amplifié par l’insulte qui porte sur la sexualité déviante, c'est-à-dire hors mariage, des géniteurs. Pour l’enfant ainsi désigné, le doute est apposé sur ce qu’il connaît de son histoire.

‘« Mon fils a demandé où était son père, comme ses camarades l’ont appelé "bâtard". J’ai dû lui confirmer que son père est décédé. » Une veuve.’

L’étiquette peut aussi accompagner un « stigmate », à la fois physique et matérialisé par le port du nom de leur mère, dans le cas des anciens pensionnaires des foyers pour métis, qui ont aussi été désignés comme orphelins par les autorités coloniales, comme nous le verrons dans la partie suivante. Au cours de leur vie, ils ont pu être insultés selon le même terme en certaines circonstances ou simplement indexés comme nassara.

‘« Ce qui nous a fait le plus mal à tous, c’est le jour où X a été traité de bâtard. Le compte-rendu ne l’a pas consigné mais tout le monde s’en rappelle.90 »Ancien pensionnaire du foyer de Zinder, septembre 2006.
« Ce qui me faisait le plus mal quand j’étais ministre, c’était les griots. Quand j’arrivais pour une conférence ou pour une manifestation, ils m’accueillaient en m’appelant Nassara. C’est comme si je pouvais tout faire pour mon pays, tout, mais que ça ne suffisait pas, que je serais toujours perçue comme une blanche. »Ancienne pensionnaire du foyer des métis de Fada N’Gourma, ministre à la retraite, septembre 2006. ’

La parole sur les différentes réalités plus ou moins englobées sous l’étiquette de marâyu s’inscrit donc dans la gestion locale des émotions et de la souffrance. Elle est l’objet de pratiques magico-religieuses, devant servir le deuil, mais aussi d’un contrôle social devant permettre d'éviter l’expression de la parole sur les événements malheureux, tant du côté des concernés que de leurs vis-à-vis. Les infractions à ce code sont interprétées en termes de rapports de force que ce soit au cours des bagarres infantiles, de la relation à la marâtre ou de « l'étiquetage » lors de manifestations publiques.

Demander ou renoncer à la parole de l’enfant et du jeune ?

Dans quel rapport de force l’anthropologue désireux de recueillir la parole de et sur l’orphelin s’inscrit-il ? Comment se positionner dans cette configuration et avec quels outils méthodologiques recueillir les différents points de vue et notamment ceux des enfants ?

Notre première démarche a consisté en la rencontre d'adolescents « étiquetés » comme orphelins, du fait de leur statut de bénéficiaire d’une ONG locale ou du service social de la mairie. Ces interactions ont été marquées par deux aspects récurrents :

  • la répétition des sollicitations adressées à la jeune femme blanche, qui plus est envoyée par des fonctionnaires dont le rôle se rapproche alors de celui de « courtiers  en développement » (Bierschenk & al. 2000 ) ;
  • et le malaise exprimé par l’adolescent de devoir se présenter comme « orphelin » alors qu'il ne souhaite pas s’appesantir sur son vécu.

La situation d’interaction se révèle alors basée sur un malentendu symboliquement violent. « L’enquêté » doit accepter « l’étiquette » d’orphelin afin d’espérer un soutien du chercheur, assimilé à un bailleur de fonds. Cette situation fait suite à un autre rapport de force : celui dans lequel le fonctionnaire de l'État, courtier en développement, justifie son rôle.

L'ouverture d'une discussion sur la démarche du chercheur, qui s'excuse de sa maladresse, permet alors le recueil de récits de l’ordre de l’amertume plus que du deuil : amertume de la veuve abandonnée par la famille de son mari ou de l’orphelin indexé ou stigmatisé. Nous ne sommes pas dans le récit d’un quotidien mais dans l’expression des décalages entre les règles considérées comme islamiques et la pratique. L’étranger peut recevoir cette parole, dans la mesure où il n’est pas partie prenante des conflits, et qu'il ne se servira pas des propos tenus sur les proches ainsi désignés.

La curiosité d’abord déplacée du chercheur peut donc finalement conduire à des confidences mais elle contribue aussi à produire de « l’étiquetage ». Par la démarche de rencontre des « orphelins », n’étais-je pas en train de participer au durcissement d’une catégorisation « solvable », c'est-à-dire établie pour satisfaire le bailleur de fonds ?

Ce risque devint évident dans toutes interactions. « L’orphelin » effectif ou de circonstance est désigné par le médecin, l’assistant social ou le camarade de classe, convaincu que le blanc apporte une aide particulière à celui classé parmi les bénéficiaires de la zakat.

Cette courte scène permettra peut-être de rendre compte de l’incidence de la présence du chercheur blanc sur le renforcement de la catégorie d’orphelin.

Le directeur d’un complexe scolaire à Zinder nous explique, en janvier 2007 : « les enseignants seraient bien incapables d’indiquer qui sont les orphelins. Il est vrai que nous connaissons les noms de ceux qui sont parrainés par telle ONG mais personnellement, je ne saurais pas vous dire de qui il s’agit. Ils ne sont pas du tout différenciés et nous ne le souhaitons pas. Ce serait leur rappeler qu’ils ne sont pas comme les autres. Le mieux est peut-être que j’appelle l’enseignant responsable des relations entre l’école et l’ONG pour qu’il vous explique mieux tout cela.»

L’enseignant se joint à nous durant la récréation et commence à expliquer comment il a pu établir un programme de parrainage de quelques enfants d’un centre d’accueil. Après son récit, à l’opposé des propos tenus précédemment par le directeur, le jeune courtier en développement conclut : « si vous voulez je peux aller chercher les enfants en question. »

Le respect du tabou sur l’orphelinage relève d’une règle quotidiennement enfreinte, comme en témoigne les quelques exemples des conflits infantiles ou le ressenti des jeunes rencontrés. Cette transgression est potentiellement renforcée par la présence du chercheur.

Face à de tels enjeux, une décision fut prise : éviter l’entretien individuel. Pour recueillir les représentations des jeunes sur leur statut d’orphelin ou sur celui de leur camarade, j’ai d’abord assisté à des veillées de contes ou j'ai tenté des discussions dans des établissements scolaires. Mais très vite, les enfants, identifiés comme vivant avec une grand-mère ou dont le père ou la mère était absent, étaient indexés par leurs camarades. Inévitablement, « l’étiquetage » s’opérait, révélant que les enfants ont une certaine connaissance des situations familiales de leurs camarades, même si l’association maraya-grand-mère est souvent erronée91.

Après discussion sur ces enjeux de l’indexation avec le principal du complexe scolaire collège-lycée, j’ai donc privilégié une approche du point de vue des « jeunes » (appréhendée volontairement comme une catégorie générale), à l’aide d’un mode d’expression indirecte : la rédaction écrite. Procéder par le dessin avait été envisagé mais les quelques essais n’avaient pas été concluants92. Par ailleurs, les élèves sont formés à la rédaction. Ce mode d’expression est celui évalué lors des examens. Pour les enseignants, notre énoncé permettait donc un entraînement supplémentaire.

Nous93 avons donc organisé un concours94 de rédaction entre les classes de 4ème. Ce collège semblait réunir des caractéristiques essentielles :

  • ses bons résultats qui devaient permettre la réalisation de cet exercice en français,
  • l’inscription d’enfants parrainés par des ONG oeuvrant pour la scolarisation des plus « démunis », notamment d’enfants sélectionnés dans les villages de la région et « d’orphelins ». Cette configuration offrait ainsi une certaine mixité sociale (entre ruraux et citadins, « démunis » et enfants de fonctionnaires) ainsi que la proximité des jeunes avec les questions d’orphelinage.

Deux sujets étaient laissés au choix des participants :

  • Le premier demandait la description d’une dispute entre un jeune « orphelin de père » et l’un de ses camarades de jeu.
  • Le second proposait de décrire la vie d’une petite orpheline de mère : « La mère d’Aicha est morte juste après sa naissance. Racontez son enfance et comment elle apprend qu’elle est orpheline ».

En posant ces énoncés, j’espérais obtenir les discours des jeunes sur :

  • les représentations, les normes officielles et les normes pratiques transmises aux jeunes générations ;
  • les usages quotidiens, négociés, de ces représentations et normes, dont les jeunes sont témoins ;
  • leurs perceptions du système complexe de prise en charge qui leur est contemporain.

Sur les 130 copies obtenues, seules trois ont porté sur le premier sujet. Les autres ont été analysées selon les indicateurs présentés en annexe 8.

Notes
83.

Merci à Benedetta Rossi de m’avoir indiquée cette référence.

84.

Tout au long du texte, nous n’utiliserons qu’une initiale pour désigner les acteurs rencontrés, afin de préserver leur anonymat.

85.

Issoufi Alzouma Oumarou (2003) présente une étude minutieuse de la dation du nom chez les Zarma (groupe linguistique présent à l’Ouest du Niger). Il y est notamment fait cas d’un ensemble de noms se rapportant également au décès des parents. Bóñ-káanò ou bóñ-kàanó est le «chanceux» qui a perdu un de ses parents mais vit. La fille dont la mère est décédée à l’accouchement est appelée þâabàná « celle qui doit rembourser sa dette à sa mère » ou Hìncìnkóy « propriétaire de chèvre » qui rappelle l’allaitement du nourrisson au lait de chèvre. Tàlfí « confier », renvoie à la confiance accordée par le défunt, comme Amala en hausa.

86.

Au-delà du contexte nigérien, ces prescriptions quant aux noms font l’objet de discussions. Ibn. K. Aljaouziya (2004) en offre une synthèse pour les « musulmans francophones ».

87.

La liste des noms hausa du Nigeria établie par Percy G. Harris (1931 : 273), pour désigner les enfants qui suivent une succession de décès ou conçu ou mis au monde pendant une guerre…consigne déjà des noms islamiques. Un travail approfondi sur la dation du nom en milieu rural, tel que le proposait Pierre Alexandre (1983 : 183) pour l’onomastique en Afrique, révélerait certainement davantage de nuances dans la cohabitation des registres préislamiques et islamiques.

88.

Il nous est très difficile de mesurer les liens entre la pudeur et les codes relatifs à la honte (kunya). Une femme ne témoignera pas de son affection pour son premier nouveau-né devant sa mère, la première naissance étant une conséquence des relations sexuelles et témoignant du passage à un nouveau statut pour la nouvelle mère. Voir Mary Smith (1981 :139). C’est d’ailleurs par ce sentiment de honte, que les mères et les pères expliquent avoir confié leur premier-né à une parente ascendante. La retenue de ses larmes devant sa mère au décès de son enfant rejoint peut-être cet ensemble de codes même si ce qui a été davantage exprimé est la volonté de ne pas attrister sa mère.

89.

Cf annexe 7.

90.

Cette indication est volontairement imprécise. Les personnes rencontrées m'ont demandé de ne pas fixer par écrit cet événement, qui eut lieu lors d'une manifestation nationale majeure. La pudeur et le respect du ressenti des personnes concernées nous exhortent à cette approximation pour le lecteur et illustrent les enjeux de la parole sur les enfants particularisés- devenus adultes.

91.

L’enfant peut être confié à sa grand-mère s’il est le premier de la fratrie par honte (kumyia), si sa mère se remarie après avoir divorcé ou si elle est en déplacement ou malade, ou encore à la demande de la grand-mère qu’elle soit la mère, la tante de la mère ou du père.

92.

L’usage du dessin comme moyens d’accès aux représentations des enfants et jeunes peut-être forts concluant. Voir Cros (2005). Dans notre cas, nous espérions aller vers le détail d’un quotidien, nécessitant le récit. Il aurait fallu repasser par l’oral.

93.

Avec l’aide des enseignants et du directeur.

94.

Les 5 lauréats ont reçu des livres, dont une partie remis gracieusement par le Centre Culturel Franco-Nigérien.