Contexte local du projet

L’arrêté signé par Merlin est suivi de la création d’un Comité Colonial Local des Pupilles de la Nation, à Zinder, le 4 février 1922. Ce comité avait pour rôle de gérer les fonds remis par l’administration coloniale et devait décider de leur distribution. Ses membres étaient, par ailleurs, partie prenante des démarches de sélection des dossiers à soumettre au juge de paix, pour permettre « l’adoption » des « pupilles ».

Les traces historiques, retrouvées dans les archives, relèvent ensuite de réponses adressées au télégramme du Lieutenant-Gouverneur Joré98. Il semble amorcer le processus d’identification des « orphelins de tirailleurs ». L’octroi d’un budget de 5000 F par l’office national, pour l’année 1923, semble expliquer ce nouvel élan.

Honneur porté votre connaissance que Comité Local Pupilles de la Nation créé à Zinder, par arrêté du Gouverneur Général en date du 4 Février 1922 a reçu pour l’année 1923, de la section permanente de l’office national une somme 5000 F. Vous serais reconnaissant de rechercher très consciencieusement orphelins de tirailleurs tués à l’ennemi, susceptibles être subventionnés par Comité précité d’adresser plus bref délai possible toutes demandes tutelle accompagnées renseignements et pièces exigées par arrêté Gouverneur Général du 25 Octobre 1921. Prière rendre compte résultats recherches. 

Quarante-cinq dossiers sont remis par les commandants de cercle au Comité Local, réuni le 12 janvier 1924. Le document N5, au greffe de Zinder, « rend compte que la justice de paix, présidée par le commandant de cercle de Zinder, Monsieur Fleury, a statué en chambre de conseil le 20 août 1924 » et a évincé deux dossiers ne respectant pas ces critères. En revanche, « la nation a adopté » les autres enfants.

Tableau récapitulatif de la construction coloniale « d’orphelin de guerre »
Construction « Orphelin de guerre », « pupille »
Définition locale Enfant dont le père est « mort pour la France »,
Placé sous la responsabilité de l’administration française :
« adoptés » par la France

Ainsi donc, la politique « d'adoption » des enfants orphelins de père, suite à la première guerre mondiale, est appliquée pour quarante-trois enfants. Quelles ont été les incidences d'une telle affiliation à l'État français ?

Dans les faits, une première partie de la somme allouée au Comité Local (5000 F) a été distribuée aux tuteurs des quarante enfants. Les fonds restant n'ont, en revanche, été remis qu’à deux « pupilles ». Ce dénouement nous intéresse ici.

La parole des enfants et de leurs tuteurs n’apparaît pas directement. Les correspondances des administrateurs français donnent cependant des informations quant aux incompréhensions des acteurs impliqués dans la prise en charge des enfants, expliquant l'aboutissement du projet colonial.

Notes
98.

Télégramme 203BP du 11 août 1923.