Le projet politique se donne à voir, en revanche, plus explicitement, après plusieurs échanges entre les commandants de cercle, suite au courrier du Lieutenant-Gouverneur du Niger, Jules Brévié, N259 AG/I, du 1er avril 1925.
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Pour se conformer à l’esprit et à la lettre des divers règlements intervenus en cette matière, il ne peut s’agir, ici, de secours à distribuer à des indigents. Il n’existe pas, à proprement parler, de nécessiteux parmi ces mineurs ; adoptés par leurs proches ou par leurs voisins, ils font partie de la famille de ces derniers ; ils se trouvent tous dans une situation sensiblement identique : les sommes dont dispose le comité devraient être réparties également à tous, elles n’apporteraient donc à chacun d’eux qu’un secours insignifiant, sans aucun effet utile, et qui irait d’ailleurs à la famille du tuteur plutôt qu’à eux-mêmes. Le comité avait cependant envisagé cette solution, faute de mieux, mais il est peut-être possible de faire un meilleur usage des sommes reçues en les employant à entretenir comme boursiers dans les écoles ou les ateliers de Zinder, ceux de ces pupilles qui vous paraîtraient pouvoir suivre les cours avec profit ou apprendre un métier. Le système des secours, appliqué seulement à quelques uns d’entre eux-les plus intelligents et les mieux doués- permettrait alors d’en faire des hommes utiles. Je vous demande donc de vouloir bien étudier la question dans ce sens et de me faire connaître d’urgence votre avis. |
Cette missive nous intéresse à plus d'un titre.
Tout d'abord, apparaît le fait que les enfants concernés ne sont pas isolés, seuls, ni en manque de moyens de subsistance. La situation pratique des enfants est donc considérée, plus que l'idée misérabiliste d'orphelin esseulé.
Se dessine alors un projet qui dépasse la dimension économique et quotidienne des enfants concernés : faire des « Pupilles » des « hommes utiles ». De quoi est-il question derrière le mot « utile » ? D’un projet éducatif au service des enfants, de leurs familles, de la colonie ?
La tentation serait grande de vouloir répondre à cette question en mobilisant les correspondances qui répondent à l'expression de ce projet. Mais celles-ci, bien que présentées selon un fil chronologique, rendent compte d’une pluralité des points de vue des commandants de cercle. Il n’existerait pas un projet consensuel, partagé par l’ensemble des Français, mais plutôt une diversité de perceptions de la responsabilité de la France vis-à-vis de ses « pupilles » et de ce que pourrait être leur « utilité ».
Les administrateurs, commandants de cercle ou de subdivision rendent compte des réactions des familles au projet d’envoi des enfants à Zinder, pour leurs études. Elles relèvent du refus, dans la majorité des cas.
Ce refus n'est pas surprenant, il s'inscrit dans un processus plus général de rejet de la scolarisation des enfants dans les écoles des « blancs », alors que le parcours en école coranique devait mener au rôle valorisé de marabout102, comme en témoigne la réponse du commandant de la Subdivision de Maradi, du 3 avril 1925 :
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Conformément à vos instructions, j’ai convoqué les pupilles de la Nation : M. et B., orphelins du tirailleur A.M, et les ai pressentis sur leurs intentions. Ces enfants, trop jeunes pour comprendre l’intérêt qu’il y aurait pour eux d’apprendre un métier ou de recevoir l’instruction dans nos écoles, se sont montrés tout à fait opposés à ces idées, et m’ont déclaré que leur ambition était de devenir marabout. |
Les représentants français tiennent différents discours, que nous pourrions classer en trois types :
L’opposition entre le projet colonial et l’enseignement coranique, perçu comme un obstacle à la mission « civilisatrice » des Français est décrite par Roman Loimeier (2002 : 118-137).