Première posture : faire en fonction du point de vue des familles

Les propos de l’administrateur du cercle de Zinder, en réponse à la lettre du Lieutenant-Gouverneur, en sont un exemple :

Zinder le 3 avril 1925 L’administrateur du cercle de Zinder à Monsieur le Gouverneur du Niger, Zinder.
J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre n° 293 du 1 er avril 1925.
Vous n’ignorez pas quelles difficultés nous éprouvons à décider les indigènes à envoyer leurs enfants dans nos écoles : dernièrement j’ai du prendre de force une dizaine d’élèves de Zinder qui manquaient à l’appel depuis plusieurs mois, et menacer leurs parents de sanctions disciplinaires que j’aurais été bien gêné d’infliger en l’absence de tout texte.

Si nous obligeons les orphelins de guerre à venir dans nos écoles, leurs parents se plaindront certainement de leur voir enlever leurs enfants après le père. C’est là une mentalité tout à fait regrettable mais dont nous sommes obligés de tenir compte surtout en ce qui concerne les enfants de tirailleurs morts pour la France – recevant un secours même modeste et vivant dans leur famille et dans leur milieu. Ils seront peut-être beaucoup plus utiles aux leurs et à nous-mêmes comme producteurs, qu’en qualité d’élèves de nos écoles, lesquels, en grand nombre, se refusent en fin de scolarité à faire autre chose qu’un métier d’écrivain, augmentant chaque année le nombre des consommateurs et des parasites et diminuant le nombre des
producteurs.
Ceci est mon opinion exprimée en toute franchise : je me conformerai strictement aux instructions que vous voudrez bien me donner concernant ces orphelins.

Ici, les mots « orphelins de guerre » et « pupilles » sont utilisés comme synonymes.

Est exprimé un avis opposé au projet colonial. D’une part, le fait de placer les enfants en internat serait perçu comme l’imposition d’un pouvoir autoritaire, renvoyant directement à l’injustice du décès des tirailleurs et à la scolarisation forcée. D’autre part, il est clairement exprimé que les enfants seront plus « utiles » comme « producteurs », dans cette zone agricole, qu’en tant qu’élèves. L’administrateur met l’accent sur la divergence d’intérêts que le placement en internat soulèverait : ceux des familles, lésées, et ceux de l’administration coloniale, qui n’y gagnerait finalement que « des consommateurs et des parasites ».

Cette opposition, explicite, trouve un pendant beaucoup plus nuancé. Des administrateurs proposent en effet de négocier les modalités du projet.