Deuxième posture : proposer des alternatives

La réponse la plus optimiste est celle rédigée à Dosso. S’exprime la volonté d'inscrire le projet colonial dans le contexte local.

Dosso, le 20 juin 1925
L’administrateur des colonies, commandant le cercle de Dosso
A Monsieur le gouverneur du Niger
Zinder N 283

J’ai l’honneur de vous rendre compte que conformément aux instructions contenues dans votre lettre 258 A G/I en date du Ier avril dernier, j’ai procédé à une enquête en vue de rechercher quels étaient, parmi les Pupilles de la Nation du Cercle de Dosso, ceux qui étaient susceptibles d’être entretenus comme boursiers dans une école ou d’apprendre un métier.
Pour les premiers, il était préférable à mon avis de choisir les
enfants qui n’étaient pas âgés de plus de douze ans et pour les seconds ceux qui avaient dépassé cet âge. Pour les uns et les autres enfin, il était désirable qu’ils fussent volontaires et que leurs tuteurs consentissent à s’en séparer.
Je vous propose donc par ordre de préférence les enfants ci-après qui remplissent ces diverses conditions :
1 Comme élèves (…)
Ces enfants pourraient commencer leurs études à l’école de Dosso, ils seraient logés et nourris chez un nommé B.T. de Dosso qui m’a été présenté par le Djermakoye
103 et qui demanderait 10F par mois par enfant, soit 120F par an. Il faudrait ajouter à cette somme les frais d’habillement et les frais imprévus, ce qui mettrait à 200 F par an l’entretien de chaque enfant. Ils seraient d’ailleurs habillés sous ma surveillance par les soins de l’interprète M-A.
2 comme apprentis (…)
Pour ce dernier, j’estime qu’il serait préférable, malgré son âge, de commencer à lui faire suivre pendant un an, les cours de l’école de Dosso. Les jours de congé, il irait travailler avec le menuisier du poste de Dosso. Il serait envoyé ensuite à Niamey pour faire son apprentissage réel.

En résumé, j’ai l’honneur de vous présenter six pupilles qui pourront entrer dès septembre prochain à l’école de Dosso et dont l’entretien coûterait au total 1200 F soit 100 F par mois.

Dans cette réponse, transparait la concertation mise en œuvre par le commandant de cercle avec les autorités locales (le Djermakoye), les familles, les enfants et les acteurs déjà en place (menuisier et écoles), afin de proposer une formule qui réponde au projet colonial tout en respectant les situations des enfants concernés.

Cette réponse, très pragmatique et précise, fait figure d'exception alors que les autres commandants proposent plutôt d'appliquer rigoureusement les principes de sélection d'élèves boursiers, selon des critères stricts, devant servir la colonisation.

Notes
103.

Djermakoye signifie « le chef des Djerma ».