Troisième posture : durcir le projet colonial

Tahoua, le 29 avril 1925
Le capitaine Alessandri, commandant le Cercle de Tahoua, à Monsieur le gouverneur de la Colonie du Niger à Zinder.
En réponse aux demandes contenues dans votre lettre n258 AGI en date du 1
er avril 1925, j’ai l’honneur de vous soumettre les propositions suivantes :
1 la meilleure utilisation des sommes reçues est, en effet, de les employer à entretenir comme boursiers dans les écoles ou les ateliers, les pupilles les mieux doués.
Afin de discerner parmi tous ces pupilles de ceux d’entre eux susceptibles d’être éduqués avec profit, il sera nécessaire de les grouper et de les mettre d’abord à l’essai dans chaque chef lieu de cercle : les pupilles âgés de 6 à 10 ans seraient envoyés à l’école, les autres âgés de plus de 10 ans, et n’ayant encore aucune occupation rémunératrice, seraient employés dans les ateliers du chef lieu de cercle.
Au bout de quelques temps, il serait procédé à l’élimination des éléments indésirables, seuls les pupilles intéressants seraient retenus et proposés alors comme boursiers.
L’entretien des pupilles pendant cette mise à l’essai serait évidemment à la charge des parents.
À mon avis, il serait désirable que l’éducation de ces boursiers soit faite à Zinder ou à Niamey, ils échapperaient ainsi aux tendances mauvaises conseillères de leur milieu trop enclin, sinon tout à fait acquis, à une vie uniformément désoeuvrée, enfin ils trouveraient dans les centres de meilleurs maîtres, de meilleurs outillages, de meilleures occupations et surtout des manifestations plus frappantes de notre supériorité, ce qui aurait pour résultat peut-être de les encourager à accepter de meilleur cœur le nouveau sort que nous leur offrons.
(…)
Propose deux pupilles du cercle de Tahoua pour élèves et deux
pour atelier du chef lieu de Cercle.

Dans ce texte, la dureté d’un projet colonial, marqué par l’ethnocentrisme de l’époque, apparaît explicitement :

Le statut de « pupille » et les droits qui devraient l’accompagner sont donc ici conditionnés par le contrôle des autorités coloniales locales, qui décideraient de qui est en droit, ou non, de bénéficier des fonds français.

Cette posture est celle qui l'emportera.