Au Niger, le 18 juillet 1923, l'arrêté local n° 111 crée les « orphelinats de Métis » de Niamey et de Zinder. Auparavant, les enfants des officiers et administrateurs français, délaissés par leur père et parfois par leur famille maternelle étaient envoyés à l'orphelinat de Porto Novo, au Dahomey. Les enfants du sahel y souffraient de l'humidité. La décision de fonder les deux établissements fut prise, prétextant l'intérêt des enfants comme celui de la colonie :
| Fallait-il laisser les jeunes métis dans leur village, privés des soins les plus élémentaires d'hygiène que leur constitution généralement maladive rendait absolument indispensable dans leur propre intérêt, autant que pour le prestige de notre administration, il convenait de les recueillir dans la mesure de nos moyens et de leur assurer l'assistance matérielle et morale qui leur permette d'arriver à une situation honorable. 114 |
En 1926, l'orphelinat de Niamey est fermé, du fait du manque d'enfants. Boursiers des établissements scolaires de la capitale, ils sont remis à leur mère, tandis que « l'orphelinat pour métis » de Zinder est englobé, avec l'école régionale, sous l'intitulé « groupe scolaire central de Zinder ». La question posée par l'internat des enfants métis est leur intégration au système éducatif colonial.
L'arrêté n° 531 SE/APA du 22 juillet 1944 marque la fin de la mixité. Les récits des anciens pensionnaires sont différents à ce sujet. Certains l'imputent au Général de Gaulle qui aurait visité le foyer et décrété qu'il n'était pas convenable que les filles et les garçons résident dans le même établissement. D'autres se remémorent quelques rares cas de grossesses, issues de relations entre internes. Un foyer est créé à Fada N'Gourma, relevant alors du territoire du Niger, et non encore de la Haute-Volta. Les filles sont conduites auprès de religieuses de la mission catholique.
En ligne sur le site : http://commons.wikimedia.org/wiki/Image:AOFMap1936.jpg
Suite à de nombreux débats au niveau politique, qui nous intéressent ici, les filles sont transférées à Maradi fin octobre 1953, suite à l'arrêté n° 2369/IAN/APA/BF du 22 octobre 1953.
À l'indépendance, les Foyers des métis sont supprimés par l’arrêté n° 143MEJ/S, du 17 octobre 1960. Les anciens pensionnaires sont récupérés par des proches de leur père, des responsables des foyers ou par des anciens pensionnaires. D'autres rejoignent leur famille maternelle tandis que les plus âgés se marient. Les trajectoires sont multiples, tout comme les récits accordés sur le sentiment d'abandon et de perte de repères, alors que les jeunes gens étaient amenés à regagner un contexte dont ils ignoraient la langue comme les habitudes quotidiennes.
Le fil chronologique, ici suivi, livre une vision cohérente de la prise en charge des enfants de pères français et de mères alors appelées « indigènes », par les colons. Mais cette cohérence est en réalité le produit de débats, portant notamment sur les termes « orphelinats » et « orphelins ». On regrettera encore une fois de ne pas bénéficier de la même qualité ou quantité d’informations pour l’ensemble des points de vue et notamment ceux des parents maternels des enfants « métis ». Nous en avons parfois une idée, au détour d’un débat public.
Ce chapitre progresse selon trois points.
Note du Gouverneur Brévié, datant du 6 avril 1923 et rapporté par l'inspecteur Cros, le 30 juillet 1938. Rapport d'inspection de l'orphelinat de métis et de métisses de Zinder, 30 juin 1938. Consulté au service des Archives nationales du Niger. Référence : 1G3.44.