Pourquoi ces revendications sont-elles nouvelles ?

Cinquante ans après l'indépendance, des anciens pensionnaires cherchaient donc à obtenir la légitimité juridique qui leur avait manquée depuis l'enfance. On peut s’étonner que de telles revendications n’aient pas été manifestées auparavant. Le rapport à la nationalité française se posait alors autrement.

Une des premières femmes représentante du Niger à l’étranger, explique qu'elle avait toujours bénéficié d'un passeport diplomatique. La question de la nationalité pour passer les frontières n'avait donc jamais été importante. Depuis sa retraite, les enjeux ont changé : elle ne peut pas prendre l'avion pour rendre visite à sa fille en France et celle-ci est soumise au renouvellement de sa carte de séjour, comme tout immigré. Ce cas est loin d'être isolé.

Une autre femme, aujourd'hui engagée dans la prise en charge des orphelins, explique avoir oublié volontairement ses papiers dans un bus entre son village maternel et Niamey, où elle partait étudier. Agée de moins de 18 ans, elle possédait l’acte de naissance précisant l'identité de son père. Elle aurait pu entreprendre des démarches pour obtenir la nationalité française. Mais, du haut de ces projets de jeune fille, cette filiation risquait de poser problème. Pour étudier, elle avait besoin d'une bourse. Pour obtenir celle-ci, la condition essentielle était d'être nigérien. Elle choisit alors de laisser ses papiers là, où personne ne viendrait les chercher. Maintenant, son fils aîné souhaite étudier en France et le visa lui est refusé.

Un autre pensionnaire, très jeune lors de la fermeture du foyer de Zinder, a opté pour la vie immergée dans son milieu maternel. Il exprime régulièrement la souffrance d'avoir été toute sa vie désigné comme « bâtard ». Il décrit sa trajectoire comme une errance, marquée par le sentiment d'être étranger, en tous lieux. Sa fille, attirée par l'Occident, l'a interrogé sur sa nationalité française. Il a alors pensé à retrouver son père français. Mais celui-ci n'était connu que par un sobriquet et les traces de l’histoire ont été perdues.

Les récits obtenus ont quasiment tous été accompagnés de pleurs. Une conclusion ressort de ces extraits de récits : l'usage du statut de « métis », de « pupille » ou « d’enfant de Français » relève de choix individuels qui ne peuvent se comprendre que dans des contextes précis, traversés d'enjeux politiques, entre global et local.