Deux exemples pour point de départ

Voici quelques exemples de ces trajectoires, nous renseignant sur des modalités de confiage des enfants à Hadjia, associées à la parenté, et reconstruites sur plusieurs générations. La tutrice nous racontait ainsi :

‘« Une femme était arrivée du Nigeria, presque trente ans auparavant. Elle était veuve et avait voulu rentrer chez ses parents à Zinder, avec ses neuf orphelins. La charge était importante et le père d’Hadjia l’aidait, par moments. Il récupéra ses enfants mineurs, quand elle mourut à son tour. L’un des garçons se maria, eut trois enfants, et périt dans un accident de voiture. Ces trois orphelins de père sont arrivés au centre en 1994, alors que la mère sevrait la dernière-née, âgée de deux ans, et se remariait. » ’

À travers ce cas, la continuité de liens créés par un premier recueil d’enfants commence à se dessiner. Pour Hadjia, le défunt « était comme un frère. On a grandi ensemble dans cette maison ». Au décès de celui-ci, alors que les enfants sont encore en bas-âge et que la mère peut espérer se remarier, Hadjia propose de les récupérer, en tant que « parente » paternelle.

‘« La sœur du défunt précédent était mariée, elle aussi, quand son mari mourut, en lui laissant sept enfants et une grossesse. La mère allaita son dernier-né puis disparut à son tour. Sept enfants furent récupérés par les parents paternels, tandis que la cadette fut remise à Hadjia. » ’

Ici le statut de parente maternelle, à laquelle on confie les enfants en bas-âge, justifie le choix du placement.

Comment expliquer que le statut de « parent paternel » ou de « parent maternel » soit ainsi attribué à ceux qui seraient perçus, de l’extérieur et notamment par les bailleurs de fonds européens, comme des tuteurs momentanés ou comme les responsables d’une institution venant pallier au manque de solidarité familiale, sans pour autant en recréer ?